Je savais que c’était impossible, alors j’ai voulu essayer

Donc voici que le grand jour approche, j’en ai déjà dit pas mal à propos des entraînements et des réflexions que ceux-ci m’avaient apportés et qui font que quoi qu’il arrive, ma saison sportive et personnelle est déjà une réussite.

Les quelques derniers jours n’ont pas été simples, ni pour moi, ni pour Valérie et Hadrien, la tension monte, les coups de stress s’intensifient, les humeurs oscillent plus vite que jamais. Chacun essayant de « prendre sur lui » pour impacter le moins possible les autres. Mais je vis dans une famille « d’éponges » et chacun absorbe les sentiments de l’autre, si bien que ce n’est pas facile. Pour ma part, je suis sur un nuage, absent, loin, et certainement peu relié à la réalité familiale de l’instant. J’en ai marre d’attendre, je voudrais y être, me sentir enfin libéré de quelques 7 mois de pression que je me suis infligés, le temps qui passe n’est que patience et tentative de repos. Mais si le corps est au repos, l’esprit lui n’y est pas. J’ai le neurone encore plus sautillant que d’habitude (c’est dire !), incapable de me concentrer sur quoi que ce soit qui ne soit pas une futilité. Impossible de lire, impossible d’avoir une discussion, impossible de faire quoi que ce soit d’autre que de penser, le plus souvent un peu dans le vide et surtout de façon très superficielle. J’essaye de rester connecté à moi- même, à l’instant présent, ma pensée est déjà ailleurs, mais elle n’y reste pas, les idées se bousculent sans cohérence aucune. Le soir, m’endormir est une vraie galère, les yeux fermés certes, mais le neurone en roue libre, toujours un truc à penser, un machin à faire, le plus souvent pour rien. La tête pleine de doutes, d’espoirs, d’attentes qui se télescopent les uns les autres, des pensées qui se contredisent, qui s’envolent, qui tournent à vide… Il est temps, vraiment temps que le départ soit donné.

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J-2 Stressé, confiant, content…

Le vendredi matin, je descends seul en ville, chercher mon dossard faire un tour dans le « village » Ironman, tâter un peu de l’ambiance… l’ambiance est au mercantilisme, qui en aurait douté ? Mon budget étant particulièrement « à sec » je fais un petit tour pour regarder les produits proposés, mais je dépense très peu, une casquette, un magnet, c’est tout. Les souvenirs, seront dans ma tête et c’est très bien ainsi. J’attends mon rendez vous avec Jimmy qui apporte de Belgique le pain d’épice et ma sous- videuse qui vont me permettre de fabriquer mes ravitaillements personnels et surtout de me passer le plus possible de produits du sponsor que je trouve généralement beaucoup trop sucrés et écoeurants. Nous consacrons l’après midi à un tour en voiture en repérage du parcours à vélo… Magnifique ! Mais terriblement costaud. Hadrien se moque beaucoup de moi, il paraît que je radote, que je me répète, que les mots que je prononce le plus souvent sont, « ça va être dur, il va falloir gérer ». Je sors de la « cacahuète » de location un peu courbaturé de partout, je ne suis pas certain que 180km de conduite aient été la meilleure de mes idées, mais cela a permis à Valérie et Hadrien de profiter un peu eux aussi de ce parcours et de voir par où j’allais passer. Ca m’a permis aussi de visualiser un peu les difficultés du parcours. Ca n’a certainement pas permis de me rassurer, mes doutes sont encore plus intenses. J’ai beau me répéter que chaque fois que j’ai fait un col en voiture il m’a paru plus dur que quand je l’ai fait à vélo, le stress monte. Mais qu’est-ce qui m’a pris de venir dans cette galère ? Je passe la soirée à préparer mes sacs de transition dans la crainte aiguë d’oublier quelques chose. Si je devais échouer parce que j’ai oublié un détail , demeure ma pire crainte. Pour le reste je n’ai plus rien à perdre. Vivement dimanche matin !

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Surtout ne rien oublier.

La journée du samedi est consacrée à ne pas faire grand chose, à part déposer les sacs et le vélo dans le parc de transition. Se reposer, s’hydrater, manger correctement et tenter de ne pas se coucher trop tard. Depuis quelques jours je suis le plus scrupuleusement possible le régime établi par un nutritionniste du sport, mais je rêve de plus en plus de pâtés, de fromages et surtout d’andouillette… Depuis quelques mois , je décompte les jours avant la course, « J – », depuis quelques heures, le décompte a changé, c’est « Andouillette H – » qui a pris le dessus. Je m’octroie une entorse au régime, elle est indispensable, presque une superstition, avant de me coucher une demi Matildica partagée avec Valérie, une bière d’inspiration médiévale que j’adore et qui est devenue un rituel la veille des courses. C’est quand même nettement meilleur que les bidons de maltodextrine aux parfums chimiques de fruits soit disant exotiques que je siffle depuis quelques jours. Après un petit massage de détente, je m’endors presque bien pour une nuit convenable bien que trop courte. Le réveil sonne à 3h45.

Je me lève dans un monde parallèle, incapable de penser, la tête vide à la fois très calme et complètement bouillonnante. Je déjeune, prenant surtout le temps de bien boire et de manger lentement sans précipitation afin de digérer au mieux. Je vérifie une dernière fois ma « check list », il semble que je n’ai rien oublié. Valérie et Hadrien se lèvent… eux sortent de leur sommeil, difficilement, je sais à quel point se lever tôt est pour eux un effort, un véritable cadeau qu’il me font. Moi je suis complètement dans ma bulle, absent. J’essaye encore de faire mienne cette phrase que j’ai dite à Jimmy il y a trois ans, alors que pour la première fois il participait à un Ironman : « Prendre le départ de ce type de course est déjà un exploit ». Plus facile à dire qu’à faire. Mon cerveau dans le vague, je n’ai presque aucun souvenir concret des quelques heures avant le départ, seulement une ambiance, des impressions floues.

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Emu…

Machinalement j’installe les bidons de boisson sur le vélo, j’effectue les derniers préparatifs, le dernier passage aux toilettes, j’enfile la combinaison. Je passe devant Hadrien et Valérie, nous échangeons quelques mots, quelques larmes. Et je rejoinds mon box de départ. J’y retrouve Jimmy et Vincent mes camarades de club, nous échangeons peu de mots, pas grand chose, et pas vraiment de souvenirs non plus. Je suis ailleurs. Le départ des pros est donné, je ne m’en rends même pas vraiment compte. Je percute alors que les premiers sont déjà bien au large. La file avance, moi aussi. Puis soudain, un portique, une plage recouverte d’un tapis, la mer! Quoi déjà ? Je lance un dernier « bonne chance » aux copains et en plongeant je crie « Plaisir avant tout les gars ! ». Je suis dans l’eau. Sans même m’en rendre vraiment compte , je nage. Ca démarre bien, ça démarre à l’aise, sans forcer.

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Ambiance départ, ambiance tendue.

Rapidement je me concentre sur ma natation, il faut poser le rythme, pas trop rapide pour ne pas se brûler, pas trop lent non plus. Je sens que j’ai eu raison de m’entraîner régulièrement à la carrière de Lessines depuis que la météo printanière le permet, je suis à l’aise dans ma combinaison et dans mes mouvements, l’expérience paie. La mer est splendide, bleue turquoise, les vagues quasi absentes, juste une légère ondulation, j’ai le sentiment que c’est bien parti. Habituellement je démarre un peu trop vite et je dois adapter ma vitesse après quelques dizaines, voire centaines de mètres, cette fois ci non. La lumière se lève sur la montagne à ma gauche, et je nage confortablement. Chacun sa cadence et tous plus au moins à la même allure, personne ne semble gêner personne. Tout va bien. « Carpe Marem » comme diraient mes amis qui ont récemment réalisé une traversée de la manche en relais, je pense à eux, leur traversée devait être nettement plus chahutée que « ma » méditerranée matinale. J’écris « ma méditerranée » parce qu’à cet instant la mer est entièrement à moi, je suis seul dans mon effort qui reste très raisonnable, les 2000 autres nageurs n’existent pas. Seul face à moi même et à la longue journée qui m’attend et qui commence fort bien, je profite. Au premier virage qui marque aussi le premier km, je tente de jeter un coup d’oeil sur ma montre, pour avoir une estimation objective de ma vitesse. J’ai oublié d’enclencher le chronomètre au départ, j’ai même oublié de regarder l’heure exacte. Je nage depuis environ 20 minutes, mais est-ce plutôt 18 ou 22 je n’en sais rien, combien de minutes se sont écoulées entre le départ des pros et le mien ? Suis je dans le rythme que j’avais estimé ? Je n’en ai pas la moindre idée et de toute façon cela ne peut rien changer, j’ai le sentiment de bien avancer sans forcer. Je continue sereinement.

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Plaisir avant tout!

Au second virage, alors que comme toujours le paquet se resserre un peu et les vitesses diminuent le temps du tournant, un concurrent entre en collision avec moi. Je sens un visage qui vient heurter mes plantes de pieds, un nez et des lunettes qui s’écrasent. C’est probablement lui qui ayant fort peu apprécié ce contact, dont il est pourtant le seul responsable, vient me donner deux bons coups de poings au mollet droit et un dans la cuisse, avant de littéralement prendre appui sur mon épaule et me couler. Gloups, j’avale une grosse tasse, je perds mon rythme, je m’énerve. Le stress monte, fulgurant, intense. J’essaye de donner un peu de force pour le rattraper, il a pris 2 mètres déjà. Je ne veux pas lui rendre les coups mais au moins relever son numéro de dossard pour déposer une réclamation à l’arbitrage, par principe. Puis rapidement, j’ai l’impression qu’il refait avec un autre concurrent le coup de l’appui sur l’épaule , qu ‘il me « gratte » encore un bon mètre. J’estime que finalement je suis tombé sur « Le Gros Con » des 2000 participants, l’abruti, le tricheur, le sans fair-play… Bref le gars qui n’en vaut pas la peine. J’essaye de me calmer, de reprendre ma nage, de retrouver ma ligne droite, mes repères, la bouée suivante. Je peine un peu, je tente de me recentrer sur ma natation, sur le soleil qui se lève à ma droite, sur la plage qui approche. Faire redescendre les pulsations qui je le sens bien se sont envolées, reprendre le bon souffle, la bonne cadence, celle proche de l’état hypnotique qui permet de vraiment bien en profiter. A l’endroit des deux coups dans le mollet, voilà qu’une crampe vient me gêner, ce n’est vraiment pas le moment. Tout en nageant de mon mieux , j’étire un peu, ça passe, puis ça revient. Je me déporte vers le bord du paquet, histoire de pouvoir m’arrêter quelques secondes sans perturber les autres, masser un petit peu, remettre correctement la combinaison et repartir, penser à autre chose. A ma droite toujours le soleil, devant toujours la plage, ne rien penser d’autre que le bonheur d’être là. Je termine la première boucle, déjà 2400 m parcourus, un coup d’oeil à ma montre m’indique que depuis le km 1 ,il s’est écoulé un peu moins de 28 minutes. Malgré l’incident, je suis à « mon rythme de confort », 2 minutes par 100m, tout va bien et je retrouve vraiment mon calme. La seconde boucle se passe bien, sans histoire je me permets même le luxe d’accélérer sur les 300 derniers mètres, juste pour le plaisir. Je sors de l’eau content. Je ne connais pas mon temps exact mais je sais que je n’ai certainement pas mal nagé, quand je me retourne, je me rends compte que les derniers concurrents terminent seulement la première boucle.

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Ca c’est fait! Les choses sérieuses peuvent commencer!

A la transition j’ai choisi de prendre le temps de me changer complètement. La route va être longue, autant privilégier un tout petit peu le confort, en particulier aux fesses, plutôt que la peau, trop fine, d’une trifonction j’ai choisi d’enfiler un vrai cuissard et bien sûr les vieux gants de Gégé qui m’avaient déjà accompagné à Vichy l’année passée. Je ne les porte que lors des grandes occasions, mais jamais sans émotion, on s’en doute.

Je sors du parc à vélo calmement et je prends la route, l’Ironman peut vraiment commencer maintenant. Je prends un rythme raisonnable de cyclo-touriste sans forcer. Les pulsations me semblent d’emblée un peu trop élevées pour que je puisse tenir toute la journée, je laisse filer de nombreux concurrents plus rapides que moi, je profite de la « Promenade », des palmiers… Mon entraîneur m’a conseillé de rouler « aux sensations » plutôt « qu’aux pulsations » j’ai quand même réglé mon alarme à 128 battements par minute pour ne pas démarrer trop vite, bien décidé à adapter cette limite en fonction de mon ressenti et de la dénivelée du parcours, dans un premier temps et en tout cas tant que ça ne monte pas sérieusement c’est bien. A partir de l’aéroport, le tracé est vraiment moche jusqu’à la sortie de la zone industrielle, j’en profite pour me concentrer sur ce que je fais. Il faut manger un petit quelque chose toutes les 30 minutes environ, mais surtout boire toute les 10. J’ai toujours ce goût de mer et de sel en bouche, je bois plus que prévu, et surtout je bois probablement de trop grosses quantités à la fois. J’ai l’impression d’avoir soif. A l’approche du premier ravitaillement après seulement 17km, en à peine plus d’une demi heure, j’ai bu presque 1,5l c’est trop, mon tube digestif me le fait bien sentir, quelques crampes, quelques gargouillements intempestifs. Je décide de boire de plus petites quantités à la fois , quitte à boire un peu plus souvent. Ce choix s’avère judicieux, mon estomac se calme rapidement. Heureusement parce qu’approche la première côte. Courte mais raide, très raide même, Jimmy qui a déjà fait Nice m’avait prévenu. « Ne t’excite pas ce n’est qu’un mauvais moment à passer, ça se calme ensuite ». Et effectivement c’est « l’enfer pour les gros », je passe sur le petit plateau, le grand pignon, je me cale bien sur ma selle et j’attends le sommet. Je dépasse quelques concurrents qui sont à pied, un américain m’amuse particulièrement, il a la parfaite panoplie du triathlète professionnel, vélo de chrono full carbone qui doit valoir le prix d’une belle voiture, casque profilé avec visière intégrée, bidon dans le prolongateur… Mais quand je le dépasse il est tout rouge, et sa langue pend déjà disgracieusement hors de sa bouche. Jusqu’où ira t’il ? Je n’en sais rien, je ne le reverrai plus en tout cas.

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Départ à vélo, en mode cyclotourisme.

La pente s’adoucit , la route s’élève doucement en un long faux-plat montant avant de descendre légèrement jusqu’au 50eme km environ. J’ai trouvé mon rythme, j’ai légèrement augmenté le niveau d’alerte de mes pulsations, mes jambes sont bonnes, elles tournent bien. Mon vélo fonctionne comme une horloge grâce aux réglages parfaits effectués par Rossano de Funbike, mon super mécano. Je profite du paysage, je profite surtout de mon entraînement car je ne subis pas la montée. Tout va bien, Carpe Diem. Un peu après le 50eme km, arrive le pied du Col d’Ecre. 20Km de montée quasi ininterrompue, pas extrêmement raide autour de 5% de moyenne. Mais 20km cela peut être long, très long même. J’augmente encore un peu le seuil d’alerte de mon cardio, je le règle sur 140 pour la montée… ça ne sert d’ailleurs pas à grand chose car rares seront les moments où je dépasserai 137 pulsations minute. J’essaye de rouler à puissance la plus constante possible, de continuer à m’alimenter et m’hydrater au mieux et surtout régulièrement. Je profite un tout petit peu moins des paysages que si j’avais été simplement en promenade parce que je reste concentré sur tous les paramètres de ma course. Jusqu’au ravitaillement de Gourdon à environ 7km du sommet tout va bien. Je gère, je profite, j’avance bien. Au ravitaillement, j’assiste en direct à une très belle syncope de la part d’un autre participant qui a pourtant le profil d’un grimpeur que je n’ai pas. La première ambulance, et un vrai signal, les conditions climatiques ne sont pas des meilleures, la chaleur est intense, il convient de rester prudent.

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Ceci n’ayant évidement pas le moindre rapport avec la puante qu*n*ll*… « Que vive la Guindaille » for ever

Je reprends la route. Je suis déjà passé deux fois sur le tronçon Gourdon – Col d’Ecre en voiture, la première fois en descente, les pourcentages m’avaient parus conséquents et difficiles, la seconde fois dans le sens de la montée et j’avais largement dédramatisé, un peu trop peut être. Sur le graphique du profil la route s’élève quand même plus sérieusement, les pourcentages dépassent 6 même parfois 7%. Il n’y a pas le moindre arbre pour s’abriter du soleil qui cogne sévèrement, je me sens moins bien, j’ai l’impression de me traîner comme un boulet. Mes jambes répondent mal et je ne parviens pas à maintenir le rythme. Je me rassure parce que manifestement je ne suis pas le seul à peiner vraiment, les autres ont l’air aussi mal que moi dans la fin de cette difficulté qui semble d’ailleurs ne pas vouloir finir. C’est vraiment difficile, une première petite crampe se fait sentir dans les quadriceps. Je mords sur ma chique, je masse, j’étire un peu. Je reste concentré sur mon hydratation. Pour la première fois , l’idée que je ne pourrai pas arriver au bout me passe dans la tête, c’est vraiment trop dur, il fait vraiment trop chaud. Qu’importe, je continue le mieux que je peux et enfin le sommet arrive. Je récupère le ravitaillement personnel, je mange un peu dans la trop courte descente, convaincu que je vais pouvoir me refaire une santé sur le plateau de Caussols. C’était sans compter sur Eole qui s’en donne à coeur joie, de face bien sûr. Heureusement cela rafraîchit un peu la machine, mais j’ai toujours l’impression de me traîner comme un boulet et de rester collé à ce fichu bitume. A Caussols, comme à tous les ravitaillements, je m’arrête quelques secondes pour remplir d’eau mes deux bidons, dans le premier je jette une pastille de sel de réhydratation, dans le second un sachet de la poudre de boisson sportive à laquelle je suis habitué. Ici je consomme une troisième bouteille, directement vidée dans le casque ça fait vraiment du bien. Encore un petit bout de descente puis la légère montée vers le Col de la Sine qui passe sans soucis, à peine un gros faux plat.

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Plateau de Caussols, ambiance Tour de France

La bouteille dans le casque et la descente ont fait leur effet, je me suis rafraîchi, je me sens mieux, et arrive enfin la vraie descente vers Gréolières. Que du bonheur, la route est fermée, et je peux me lâcher dans la pente, sans excès mais en profitant vraiment de cet exercice que j’adore. Très vite arrive la côte de Saint Pons, celle dont tout le monde parle depuis quelques jours, que tout le monde appréhende parce qu’il faut relancer la machine après la descente, parce que les muscles ont refroidi, parce que mine de rien elle est longue et surtout parce que l’on a tous déjà presque 110 bornes dans les quilles. Je passe le petit plateau, je grimpe à mon rythme le regard rivé sur le virage suivant, espérant chaque fois que ce soit le dernier. Les arbitres qui m’ont semblé jusque là fort peu présents et relativement permissifs vis à vis de quelques « contre la montre par équipe » qui m’ont dépassé, sont maintenant presque absents. Personne, parmi les athlètes qui m’accompagnent maintenant, ne pense plus à tricher, chacun roule comme il peut dans l’espoir d’arriver le plus frais possible pour la dernière épreuve et la seule arbitre que l’on croise ,nous encourage, félicite, rassure comme elle peut sur le sommet qui approche. Je dépasse des cyclistes en promenade, ils ont l’air de profiter encore plus que moi, un sac sur le dos et la baguette du pique- nique qui dépasse, j’arrêterais bien tout pour les accompagner… Je les dépasse une seconde fois, quelques kms plus loin, à l’approche du Col de Vence dans le faux plat, parce qu’en plus, il y avait un raccourci !

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Plateau de Caussols et lutte contre Eole.

Mes jambes ne sont plus que des automates, elles font encore avancer le vélo mais sans trop de force. Il est temps que ce parcours particulièrement exigeant en arrive à son terme. Une dernière côte, courte vers Coursegoules puis enfin la vraie descente vers Nice. Dans le village, les pompiers ont installé leurs lances sur le parcours, et l’on passe dans une douche fort rafraîchissante qui fait le plus grand bien, il y a 6h30′ que je roule, il reste environ 90 minutes de route majoritairement descendante. Je suis déjà à peu près certain de ne pas terminer le marathon, mais je continue comme ci de rien n’était à rouler au mieux. Je profite à fond de la descente, moi qui adore ça. Je soigne mes trajectoires, je roule vite, le vent me rafraîchit. L’effort étant nettement moins intense je recommence à y croire et tout cas je me donne pour y arriver. A l’approche du 140e km, au ravitaillement , le bénévoles m’informent que Fred Van Lierde vient de passer la ligne d’arrivée victorieux, l’entraîneur de mon entraîneur a gagné, tous les rêves sont permis. Je profite à fond des derniers km de vraie descente. A l’approche de Nice, on rejoint le parcours de l’aller, voici le retour de ce faux plat dans la zone industrielle. J’avance en automate, je mange, je bois, je mouline doucement sur mes pédales pour me préparer à courir. Mon temps total à vélo va avoisiner les 8h, un super temps pour moi compte tenu du parcours difficile, même si j’avais espéré faire plus vite encore. J’arrive à l’aéroport, il reste 5km et je longe le parcours à pied, cela me semble interminable, presque insurmontable. A vrai dire, je n’ai pas trop envie de partir courir, j’ai passé une bonne journée, je me suis bien amusé mais j’ai largement ma dose. En passant devant Valérie, je lui annonce que « je n’irai pas au bout de l’Ironman, mais j’irai au bout de ma vie »… Les mots ne sont pas vraiment les bons, elle qui est déjà inquiète pour moi n’est absolument pas rassurée. En fait ce que je pense vraiment n’est pas que j’irai au bout de ma vie, mais au bout de mon envie.

En transition, je suis un peu hors de ma tête, je me prépare méthodiquement mais sans me presser, convaincu de faire un tour, peut être deux à pied, pas plus. En enfilant les manchons de compression de mes mollets, l’un d’eux se déchire, usé jusqu’à la corde. Au moment où je suis prêt à partir, la tirette de ma trifonction casse, je me retrouve torse nu, sans espoir de pouvoir réparer. Sont-ce des signes ? Le règlement de l’Ironman, pudibond, exige que les tirettes soient fermées. Certes, le classement et donc une disqualification, je m’en moque complètement, mais je n’ai pas envie de me faire arrêter pour une bêtise. Je cherche des épingles à nourrice pour une réparation de fortune, un autre athlète m’offre les siennes. Je pars courir.

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Encore quelques millions de mercis aux supporters, quelques échantillons subjectifs de vos délires.

Sans la moindre force, ça ne fait pas particulièrement mal, mais mes jambes sont sans force, je cours lentement, mais je cours. Je me fais rejoindre par Thomas, le président de mon club. On échange quelques mots sympathiques, il me dit que pour lui aussi le parcours à vélo a été fort dur, même plus dur que la version précédente. Il rêvait un peu d’une qualification au Championnat du Monde à Hawaï, je sens bien à son rythme qu’il a laissé se rêve derrière lui et que son objectif est maintenant d’en finir avec ce 10eme Ironman de sa carrière sportive. Je le laisse partir. Il se contentera cette année de deux championnats du monde en demi et en quart. Chapeau bas l’artiste, et malgré les différents qui parfois peuvent nous opposer sérieusement, respect sportif inconditionnel ! Cette course est une folie, la faire 10 fois, je n’ose même pas imaginer ce que cela peut représenter.

Je suis ensuite rejoint par mon pote Jimmy, il me parle de ses troubles digestifs. Qui l’eut cru ? C’est sa spécialité. Comme toujours il n’est pas super satisfait de sa performance, mais il va terminer son 3eme Ironman avec brio. Je lui fais part de mon intention de ne pas aller jusqu’au bout. Lui y croit pour moi, il me pousse un peu, je cours encore un peu. Il me rappelle que je me suis entraîné plus que lui, parce que lui, il bosse beaucoup trop pour avoir le temps. Qu »importe, la motivation n’y est plus, seul compte le prochain ravitaillement, le prochain « spot de douche » pour me rafraîchir. Je ne cours bientôt plus du tout, je marche, relativement vite, mais le plaisir s’évanouit à vue d’oeil. Je termine ce tour et j’arrête. L’idée est bien accrochée dans ma tête. Le public est bien présent, le public encourage, le public me casse la tête, je n’ai pas envie de les entendre. Je veux bien courir encore un peu, mais seul dans les bois et par temps frais. En dehors de l’idée même d’une compétition, même si comme je le dis souvent quand je participe à une compétition, je ne la fais pas. Là je commence même à m’ennuyer. J’ai pris tellement de plaisir aux entraînements solitaires et introspectifs que la course qui en était le but n’est pas aussi amusante.

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Départ de la course à pied.

Au ravitaillement, tout me dégoute. Je parviens encore à avaler sans trop de soucis un de mes gels et à boire un peu. En particulier il y a un énorme tas de pâtes de fruits qui me retourne l’estomac. Les athlètes passent en courant ou en marchant vite , se servent sans s’arrêter, la sueur coule le long des bras, sur les pâtes de fruits offertes aux suivants… On voit clairement que de « l’eau » ramollit des bonbons déjà trop chauds. J’en ai l’estomac retourné. Beurk, ignoble ! J’ai l’impression de traverser ce ravitaillement et de vivre dans un monde parallèle, mon envie principale se focalise sur l’idée de rejoindre Valérie et Hadrien et d’aller manger quelques chose de convenable. Pas ces horreurs plein de sueurs. Je continue d’avancer, ma tête oscille entre l’idée, un peu orgueilleuse, de continuer, de ne pas abandonner et l’envie de m’arrêter tout de suite. Pendant quelques mètres je suis vaillant, j’avance bien, pendant les suivants je me traîne lamentablement au bout de mes forces et le cycle reprend.

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Une mention spéciale pour Laurent, Nathalie, Kerrian et Maëlle qui font porter leurs t-shirts à des inconnus pendant leurs vacances et m’envoient les photos.

Je croise Fabrice, mon coach, je l’informe que je vais arrêter là. Il essaye de me convaincre, il ne reste « que » 35km à faire et un peu plus de 5h, pour lui c’est jouable et tout est dans la tête. Il n’a pas forcément tort. Il parvient même à me convaincre de courir encore un peu… un tout petit peu, quelques mètres. Et ce n’est toujours pas la douleur qui me fait marcher à nouveau, juste l’inconfort, le manque d’envie. J’arrive au ravitaillement suivant, le même dégout, la même nausée. Je prends de l’eau, un biscuit salé. Beurk encore, j’ai envie d’andouillette. H- combien déjà ? H- 5 heures, c’est ce que Fabrice m’a dit. Non, 5 heures c’est définitivement trop, d’autant plus que des crampes digestives s’installent progressivement, la douleur devient souffrance. Je repense à cette citation de Huraki Murakami « Pain is inevitable. Suffering is optionnal ». « Se faire mal est inévitable, mais il ne tient qu’à soi que cette douleur devienne une souffrance. » Là j’atteints ma limite, la fin absolue de mon plaisir. Pour la première fois de la journée, je me demande ce que je fais là. J’ai besoin d’une toilette. Je ne marche plus, je erre sur le parcours à la recherche d’une cabine. Je passe devant Hadrien, je lui dis que je vais arrêter, il ne veut pas, il est déçu manifestement. Lui y croit encore, il me dit que je peux le faire. Lui qui gère la communication avec les amis tente de m’encourager comme il peut. Je vais me trouver une toilette et je décide… on verra, mais c’est tout vu. Je continue sur le parcours, je retrouve un peu de vaillance, je me dis qu’effectivement mon corps peut encore en faire un peu, que c’est ma tête qui ne veut plus, je mords sur ma chique. Je termine le premier tour, les toilettes sont dans la zone « after finish ». OK j’abandonne! Je rejoins cette zone d’arrivée, sans passer par l’arrivée.

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Les toilettes sont loin, un parcours qui me semble interminable pour les rejoindre. J’avance lentement. En passant, je récupère mon sac de vêtements de ville, par cet acte, je signe définitivement mon abandon. J’ai récupéré mes vêtements, je ne repartirai plus. J’arrive aux toilettes, j’entre dans la cabine, je ne parviens pas à défaire correctement les épingles à nourrice qui ferment ma trifonction… de toute façon ce vêtement est mort. Je l’arrache, je pare au plus urgent, libérer mes intestins de leurs crampes. Je m’assieds sur le trône. Presque immédiatement mes crampes se déplacent, mes jambes ne sont plus que douleurs intenables. Mes muscles antérieurs et postérieurs sont totalement durcis, douloureux au possible. Il n’y a qu’une solution pour m’en sortir, étirer ces muscles, étendre mes jambes. En restant dans la cabine ce n’est pas faisable. J’ouvre la porte, à poil, et je m’écroule sur le bitume chaud. La douleur est intenable, je tends les jambes, j’étire, ça passe doucement. Je suis rejoint par quelques bénévoles de l’organisation et une kyrielle de jeunes kinés qui viennent convaincues que je fais un malaise. Non je n’ai pas fait de malaise, non je n’ai pas perdu conscience, non je ne suis pas déshydraté, non je ne suis pas en hyponatrémie…. j’ai juste des crampes, et je suis toujours couché, les pieds dans une toilette chimique, toujours à poil. La situation à plutôt tendance à me faire rire. Un des filles dépose alors mon sac de vêtements sur moi pour cacher mon intimité. Je suis toujours couché sur ce bitume chaud, je suis bien là, je ris encore un peu.

J’ai droit à la Croix Rouge, j’ai droit aux pompiers, je répète encore que je vais bien, à part les crampes, et que l’idée même de plier les jambes pour me mettre debout me fait peur. On m’aide à me relever, à remonter mon vêtement. Et lentement, comme un canard, je rejoins la file d’attente pour recevoir un massage qui atténuera peut être un peu les crampes. Assis sur une chaise, j’ai froid, de plus en plus froid malgré la température élevée. Mon système n’a pas encore réussi à réguler mon homéostasie, je grelotte vraiment, pourtant il fait toujours aussi chaud. Ma tension joue un peu au yoyo, je ne me sens pas vraiment bien. Ma tête résonne comme de l’ouate, je plane. Je demande une couverture de survie et par 35 degrés je m’emballe frissonnant. Rapidement ma température corporelle semble remonter et se stabiliser, je me sens mieux, assis je n’ai même pas mal. Je suis juste sur mon nuage. Content de ce que j’ai fait et content d’avoir arrêté à temps. Pendant que le kiné me masse et que je discute avec lui, je fais un premier bilan de la journée. Natation que du bonheur, sauf la rencontre avec le Roi des Cons. Vélo dur dur, sur ce parcours magnifique mais très exigeant, plaisir total. Course à pied laborieuse, la tête n’y est plus, le corps est à la limite. L’abandon, sage et logique… Je savais que c’était impossible alors j’ai voulu essayé. Sans le moindre regret.

Je vais rejoindre Hadrien et Valérie en dehors de la zone d’arrivée. Je suis aussi ému en les retrouvant que je pense que je ne l’aurais été si j’avais été au bout. D’ailleurs je n’ai peut être pas été au bout de la course officielle, mais j’ai été au bout de mon envie, de mon rêve et de mon possible. J’ai donc passé ma ligne d’arrivée personnelle qui ne sera marquée dans aucun palmarès mais qui me rend tout aussi fier du chemin accompli. Hadrien est un peu déçu, il tente de le cacher. Valérie est rassurée et me répète en boucle, comme pour m’en convaincre que j’ai bien fait de m’arrêter. Mais je n’en doute pas trop. Je me couche dans l’herbe, je savoure le moment, cool, longtemps. Je reprends doucement mes esprits. Et nous allons manger ensemble une pizza pour profiter en famille. L’andouillette est reportée au lendemain, elle n’en sera encore que meilleure. Je n’ai pas la moindre envie de rejoindre l’ambiance de la ligne d’arrivée pour voir le final des « derniers », l’ambiance « flon flon » ne m’attire pas, j’ai l’impression d’être au delà de ça et de n’avoir envie de le partager qu’avec les miens.

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Merci!!!

Quelques jours plus tard, je suis bien, je suis soulagé de tant d’efforts pendant 7 mois, je ne me lève plus le matin avec en tête, un « je dois aller… courir, pédaler, nager ». Je dors mieux que les quelques semaines qui ont précédé. Parfois le soir avant de m’endormir, je pense que je n’étais finalement pas si mal que ça à l’arrivée, que le lendemain je n’avais que très peu de courbatures et que donc j’aurais pu certainement aller plus loin, aller peut être même jusqu’à la « finish line ». Puis je me replace mentalement dans l’instant, je me revois pendant ma natation, sur mon vélo et durant ma course à pied, je repense à tout ça. Et je m’endors comme un bébé content d’avoir été par trois fois ce jour là, en voyage tout au bout de moi même. Depuis 16 jours, je n’ai quasi pas fait de sport, 3 petits tours à la piscine en mode ultra cool. Le vélo n’a pas encore été nettoyé, les baskets sont toujours là où je les ai laissées en rentrant. Et je commence tout doucement à me dire que j’irais bien courir ou pédaler, sans but, juste pour le plaisir de la nature et de l’été. Je le ferai peut être, demain, ou dans 2 jours… Carpe Diem !

Je ne pense d’ailleurs pas être le seul à être soulagé. On parle rarement de ce que peuvent vivre les supporters les plus proches des « malades » qui participent à ce genre de course. Pour avoir bien observé les miens et ceux de quelques amis qui se reconnaîtront certainement, je pense que l’épreuve Ironman n’est pas l’épreuve d’un jour, ni pour l’athlète qui s’entraîne longtemps, ni pour les supporters qui dans tous les sens du terme supportent. Eux aussi accumulent une certaine fatigue, si ce n’est physique certainement morale. Parce que pendant 7 mois, la vie de toute la famille n’est focalisée que sur une seule chose ou presque. Parce que avant d’entreprendre quoi que ce soit, il faut vérifier que c’est « Iron-compatible » que cela ne mettra pas en péril une indispensable sortie à la piscine ou de course à pied. Il faut aussi supporter les stress et les doutes qui peuvent être profonds, totalement imprévisibles et irrationnels. Il faut encaisser les culpabilités du genre « il y a 48 heures que je n’ai plus fait de sport », il faut ramener les pieds sur terre… Bref… Mille fois mercis encore à vous les supporters de près ou de loin, merci encore pour vos soutiens ,vos encouragements, les forces que parfois bien inconsciemment vous m’avez transmises. Mais merci surtout des millions de fois à Valérie et Hadrien d’avoir supporté tout ça ! Promis, j’en ferai plus… enfin je ne pense pas… plus d’Ironman en tout cas… J’ai déjà d’autres idées en tête.

A suivre…

Et tout ceci avec un vélo parfaitement réglé par le seul mécanicien qui ait le droit d’y toucher. Merci Rossano de Funbike.

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J-8 Tout va bien, les jeux sont faits !

Chers vous tous, quelques nouvelles à 8 jours du jour J. Tout va pour le mieux, malgré une pressions qui monte doucement. Des moments de stress, d’autres d’excès (?) de confiance.

J’ai fait mes dernières sorties plus ou moins longue à pied à vélo et en natation en altitude, j’y ai vraiment pris du plaisir et j’en ai pris plein les yeux, en particulier dans un de mes cols préférés parmi ceux que je connais, le col de la Cayolle. Je suis revenu rassuré, les jambes tournent bien.

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Les mois de mai et juin ont été très intenses au niveau de l’entrainement, au point parfois de développer sérieusement les premiers symptômes du sur-entraînement, « grognonite aiguë » (ne chercher pas dans le dictionnaire c’est de l’Hadrien), manque de motivation, légères tendinites, fatigue excessive, stress intense… J’ai géré, je pense au mieux. Sans forcer trop et en levant le pied chaque fois qu’il fallait et quand mon corps me le demandait. Plusieurs fois, alors qu’une légère gène, voire une petite douleur m’ennuyait, je me suis demandé : « Faut il vraiment être hypercondriaque » pour préparer un Ironman ? » Quand j’observe certains de mes amis, je me dis que : « Oui, c’est un passage obligé », avec d’autre un peu moins.

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Je me sens prêt, autan qu’on puisse se sentir prêt pour ce genre d’épreuve. La semaine qui vient va être une semaine de repos, avec des activités courtes et légères.

Je ne dispose pas encore du lien qui permettra de suivre les athlètes pendant la course. Je sais seulement que les mots clés : « Ironman Nice athlete coverage » devraient vous y mener (sans les guillemets pour les distraits). Je porterai le dossard 1560… Comme l’année passée sur le 70.3 de Vichy, Hadrien prendra le contrôle de mon téléphone pendant la course. SMS, Wathsapp, et Facebook seront donc des sources d’informations pour vous et des sources d’encouragements pour moi qui me seront certanement précieux pendant le marathon.

Mille merci encore à tous…

IRONMAN DE NICE 2017 – J-40

Un premier bilan, quelques réflexion et quelques remerciements. 

A 40 jours du 23 juillet, à 40 jours du départ de cette course folle, l’heure d’un premier bilan s’impose. L’entraînement se poursuit plutôt bien, même si rares sont les semaines où je parviens à réaliser la totalité du programme conseillé par mon coach. Les compteurs affichent des chiffres qui, même à moi, donnent un peu le vertige. Depuis le 15 janvier, 500 km de course à pieds, 3083 km à vélo, 128 km en natation, pour environ 266 heures de sport et 156.000 kCal consommées, j’en entends déjà quelques-uns grogner. « Seulement! Cela ne fait que 100 pizzas environ, tout ça pour ça, cela n’en vaut pas la peine! » Et pourtant si. Physiquement je suis fatigué, mais c’est tout à fait normal, c’est même le but. On est encore à 6 semaines du départ et c’est maintenant que se finalise la préparation, à 15 jours du départ il sera temps d’alléger, et même d’alléger sérieusement pour être en forme le jour J, mais maintenant place encore à quelques semaines de charge intense.

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Mais la préparation n’apporte pas que des bénéfices physique, elle est aussi, peut être même surtout personnelle. Elle m’a apporté de nombreuses nouvelles connaissances sur moi même, elle m’a même conduit à des états presque méditatifs pendant mes longues sorties dans chacun des sports. Moi méditatif! J’entends encore ceux qui grognaient au paragraphe précédent, je les entends rire cette fois. Qui l’eut cru? Souvent on a tendance à associer sport et souffrance, effectivement parfois je me fais un peu mal, mais cette douleur n’est pas de la souffrance. Comme le cite Haruki Murakami dans son excellent livre Autoportrait de l’auteur en coureur de fond : « Pain is inevitable. Suffering is optionnal ». Se faire mal est inévitable, mais il ne tient qu’à soi que cette douleur devienne une souffrance.

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Un livre qui me fut conseillé par un ami et que je conseille vivement à tous ceux sportifs ou pas s’intéressent aux aspects philosophiques qui y sont liés.

Quand je pense au jour J, je pense d’abord à un fantasme, celui de la ligne d’arrivée. Je ne suis pas certain de l’atteindre, mais je sais que ce sera sans regrets si « j’échoue », parce que le vrai échec source de regrets serait de ne pas avoir essayé. Je me serai donné tous les moyens d’y arriver, le reste n’est qu’optionnel. J’essaye tous les matins en me levant de faire mienne une phrase que j’ai dite à mon ami Jimmy la veille de son premier Ironman en 2015 à Nice : « Prendre le départ de ce type de course est déjà un exploit en soi ». Beaucoup plus facile à dire qu’à faire mais je m’y efforce le plus souvent.

Quand je pense au jour J,  j’appréhende!
J’appréhende la natation (3800m) bien que ce soit « sur le papier » celui des trois sports dans lequel je devrais être le plus à l’aise. Mais la natation c’est aussi environ 1h20 à penser. A se demander « mais qu’est ce que je fais dans ce bouillon? ». La natation c’est aussi le départ, l’excitation, le stress, le moment où il faut y croire, mais surtout ne pas forcer parce qu’il faut garder des forces pour la suite. A l’entraînement en carrière je parviens à me mettre en mode automatique et à garder un rythme presque hypnotique. Il faudra essayer de faire de même à Nice.
J’appréhende le vélo (180km), parce que même si j’aime grimper et que les dénivelées ne me font jamais peur, je ne suis jamais un grimpeur rapide avec mon gabarit « poids lourd ». Il va falloir gérer l’effort, en garder sous la pédale mais aussi ne pas traîner pour passer le col d’Écre dans les délais raisonnables qui permettront d’envisager « sereinement » la suite, si tant est que ce soit possible.
Et bien sûr j’appréhende la course à pied, parce que là j’entre dans le domaine de l’inconnu absolu pour moi, je n’ai aucune idée de comment mon corps va réagir, de combien de forces il me restera physiquement, de combien de ressources mentales je disposerai pour suppléer aux carences physiques… Comme le dit encore très bien Murakami : « Durant une course de fond, le seul adversaire que l’on doit vaincre, c’est soi, le soi qui traîne tout son passé ».

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J’appréhende bien sûr tout ça, mais aussi j’y crois, même si parfois je dois me forcer un peu à y croire, parce que trouver au quotidien l’énergie pour y aller n’est pas toujours chose aisée. Mais j’y crois et les émotions parfois me submergent déjà. Je me surprends à l’entraînement, surtout à pied, à parfois fondre en larmes parce que le fantasme de la ligne d’arrivée vient de me rattraper. Ca ne dure pas mais quelqu’un qui passerait par là se demanderait certainement de quelle dépression peut bien souffrir ce joggueur, par beau temps, dans ce charmant paysage du bord de la Dendre.

Je laisserai la conclusion à Murakami quand il parle de la plus longue course à laquelle il ait participé, un 100km au Japon. « Quoi qu’il en soit, lorsque je repense à cette course, je me rends compte à quel point l’événement a compté pour moi en tant que coureur. J’ignore quelle en est la signification générale. Mais si on le considère « comme un acte très éloigné de l’ordinaire sans pour autant être contraire aux principes humains fondamentaux. » sans doute peut on s’attendre à ce qu’il vous apporte une conscience de vous même bien particulière. Qu’il ajoute un certain nombre d’éléments nouveaux à l’observation méditative que vous vous portez. Avec comme résultat que la vue que vous avez de votre vie, des ses couleurs, de ses formes, s’en trouvera peut être transformée. En plus ou en moins, en mieux ou en pire. Dans mon cas c’est ce qui m’est arrivé, et j’en ai été transformé. ». je sais pour ma part que bien avant le départ, les transformations sont déjà bien entamées.

J-40 que la Force me soutienne!

Avant de passer aux remerciements, je tiens à vous présenter deux projets sportifs un peu fous, dans un style différent mais tous les deux orientés vers des oeuvres caritatives qui me semblent de valeur.

Premièrement mes amis de « Carpe Marem » qui projettent de traverser le manche à la nage en relais et en équipe de 4 au profit de « Refugee Welcome ». Soutenez les, encouragez les ils en valent la peine. Ils ont une page FB qui permet de les suivre.

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Deux des 4 de Carpe Marem avec moi à l’entraînement dans la carrière de Lessines.

Deuxièmement le projet de Patrick Dumont, rencontré lors d’une longue randonnée sportive. Il prépare 13 ascensions du Mont Ventoux en 3 jours consécutifs au profit d’Octobre Rose, une association qui lutte contre le cancer du sein. Il y a aussi une page FB qui permet de suivre le projet.

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Et en attendant je tiens déjà à remercier ici ceux qui de près ou de loin ont oeuvré à ce que ce 23 juillet soit un très grand jour. Merci à tous.

Mes remerciements vont pour commencer à ceux qui y ont mis de l’Amour :
Valérie, Hadrien et Ea qui me soutiennent au quotidien. Qui supportent mes moments de doutes, mes « il faut que j’aille courir », mes « pffff il y a 48h que je n’ai rien fait »… Ils me redonnent de l’énergie dans les moments où la motivation baisse, ils me rassurent quand je doute… et ils supportent surtout que 75% des discussions familiales contiennent « Ironman » comme mot clé.

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Mes remerciements vont ensuite à tous ceux qui y ont mis de l’amitié :
Tous mes amis, mes copains, mes collègues, mes connaissances qui par de multiples voies (achat de t-shirts, messages, SMS, Facebook, email…) me soutiennent, m’encouragent, me portent même virtuellement parfois. Quand la motivation retombe c’est vous les amis qui souvent m’envoyez le petit plus d’énergie qui permet de sortir quand même.

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Mes remerciement vont ensuite à ceux qui y ont mis du boulot.
Premièrement mon entraineur, mon coach Fabrice Schimenti dont tous les dimanches j’attends avec une certaine appréhension le mail contenant le programme de la semaine. Fort d’une longue expérience dans la pratique des sports d’endurance, Multi-Ironman lui même Fabrice m’a permis de progresser et d’atteindre un niveau de forme physique que je ne croyais pas possible d’atteindre un jour. Et même si rares sont les semaines où j’ai pu réaliser la totalité du programme, sans lui rien n’aurait été possible. Fabrice a aussi toujours pu trouver les mots justes pour me rassurer lorsque souvent j’avais tendance à penser tout ça impossible.

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Fabrice en plein effort

Ensuite mon « mécanicien », celui qui répare la machine humaine quand elle coince, mon ostéopathe et ami, Jimmy Dernoncourt. Si je me suis lancé dans cette aventure, Jimmy n’y est d’ailleurs pas pour rien, en 2015 alors qu’il venait de terminer haut la main son premier Ironman à Nice, débordant d’énergie il remontait en courant « repêcher » Michael, un camarade de Club épuisé. Il l’encourageait, et il a filmé les derniers mètres de son marathon. C’est en me voyant pleurer devant cette vidéo que Valérie a compris avant moi que je venais de décider de tenter l’aventure.

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Jimmy à l’arrivée, toujours la pèche!

Enfin « last but not least », mon autre mécanicien, le vrai, celui du vélo. Rossano de FUNBIKE  entretient tous mes vélo depuis bientôt 15 ans, il est d’ailleurs le seul habilité à le faire. Son magasin est situé à Berchem-Sainte-Agathe mais je n’hésite jamais à faire la route pour trouver le vrai service de qualité exceptionnelle qu’il offre. C’est un mécanicien, un vrai, pas uniquement un vendeur. Il répare les choses qui peuvent l’être et ne m’a jamais fait dépenser le moindre centime inutile. Sans lui non plus, ni les triathlons, ni les voyages aventureux à vélo ne seraient réalisables.

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Enfin et même si un certain différent m’oppose avec principalement mon président de Club, je tiens à très vivement remercier l’ensemble des membres, entraineurs et copains de l’Endurance Team de Chièvres, club sans lequel tout ceci n’aura probablement pas été possible.
15403883_233553323735041_4638584070920475432_oSans oublier bien évidemment les sponsors du club sans lesquels il ne pourrait, ni vivre, ni offrir à ses membres les nombreux avantages qu’il offre.

Et parmi eux plus particulièrement mon préféré, La Grange aux Vins magnifique dealer gourmand de produits dopants légaux avec plusieurs centaines de vins, de whisky, de rhum, de gins, des thés… Et les conseils avisés de Fernand le patron.

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CPH banque:
rue Perdue 7. B-7500 TOURNAI Belgique; Par téléphone : +32 (69) 88 14 11; Par fax : +32 (69) 88 14 90; Par e-mail à l’adresse info@cph.be

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IRONMAN de Nice J-125

Mes très cher(e)s Ami(e)s,

Vous n’êtes certainement pas sans le savoir, j’ai fait la folie de m’inscrire à l’Ironman de Nice qui aura lieu le 23 juillet 2017. L’entraînement se poursuit, avec ses doutes, avec sa motivation parfois variable, mais surtout avec efficacité grâce principalement au soutien infaillible de Valérie et Hadrien ainsi que de mon coach, Fabrice Schimenti, qui malgré les apparences, est un géant de la discipline puisqu’il a déjà bouclé une dizaine de fois ce type d’épreuve.

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Ceux qui me connaissent bien savent aussi à quel point votre soutien à tous m’est énormément précieux, aussi bien dans ma préparation que le jour même de l’épreuve grâce à la communication que Hadrien gérera de main de maître comme il le fit l’année passée pendant mon « Half Ironman ».

J’ai donc besoin de vous et je vous propose quelques moyens pour me soutenir :

Par téléphone, par email, par messageries diverses ou en suivant l’activité sur mon blog sur lequel je partage mes « exploits »

En dehors de ces soutiens moraux qui restent à n’en pas douter, les plus importants, l’Ironman c’est aussi un budget colossal, par l’inscription, par les cotisations et assurances diverses, mais surtout par le matériel nécéssaire aux entraînements, matériel qui s’use nettement plus vite que pour la préparation de courses raisonnables. J’ai donc, avec l’aide d’un ami qui suit une formation de graphiste, réalisé un logo largement inspiré du tatouage que je porte sur le bras droit depuis quelques mois. Et de ce logo, je vais faire faire quelques t-shirts que je vous propose d’acquérir en guise de soutien moral et financier. Pour se faire, merci de remplir le formulaire suivant et de suivre les informations qui s’y trouvent. J’ai choisi un tissu de la marque « Fruit of the Loom », et, de discussions nombreuses il ressort que tout le monde n’étant pas d’accord sur le look à adopter j’ai laissé des options en matière de couleur et de texte. Je vous saurais gré de passer exclusivement par ce formulaire afin de me rendre la gestion plus aisée.

Pour ouvrir le formulaire cliquez ici

Déjà quelle que soit la voie que vous choisirez ou pas pour me soutenir, je vous remercie mille fois… et je part nager, pédaler courir.

Bisous chaleureux…

Touffe

Ironman 70.3 de Vichy 2016

Après mon succès au triathlon de Grammont, je n’ai plus en tête que Vichy. Préparer mon premier vrai « longue distance » même si ce n’est encore qu’un « demi ». Grammont finalement ce n’était pas si compliqué que ça, certes le parcours était costaud mais la distance à pied, ma discipline la plus faible, était relativement courte (10 km). Entreprendre un semi marathon risque d’être une autre paire de manches. Place à l’entraînement donc à partir de début juillet, avec l’intention de mettre principalement l’accent sur la course à pied, dans les autres disciplines je peux me contenter d’entretenir la machine. Quelques sorties longues cependant à vélo et en natation, je retiens particulièrement mon premier Brevet des Randonneurs Mondiaux de 200 km dans la région de Troyes en Champagne avec mon ami Nicolas, 225 km au total avec une moyenne de près de 25 km/h, le vélo ça devrait rouler tout seul. En natation, une semaine avec Hadrien sur les bords d’un lac, avec entre autre une sortie de 4 km à bon rythme, là non plus, il n’y a pas de raison d’avoir le moindre doute.

En course à pied, j’essaye de varier les sorties, quelques plus longues, et quelques fractionnées. Hadrien et moi découvrons le « Geochasing » et le plaisir de running à rythme raisonnable entrecoupé de recherche de caches, en compagnie bien sûr de Ea, notre sportive border collie. Je prends de plus en plus confiance en moi, je suis de plus en plus à l’aise à pied. Lent mais régulier, tout va bien. Je suis probablement un peu trop confiant, fin juillet, bardaf c’est l’embardée ! Alors que je suis parti avec l’idée d’un jogging d’environ 25 km mon mollet me donne rapidement des inquiétudes, je ne l’écoute pas assez, mes muscles semblent manquer de souplesse, mais jambes sont raides, je ferais mieux de m’arrêter, de m’étirer sérieusement et de rentrer calmement, ce que bien sûr je ne fais pas. Vers le 7ème km crac, douleur sérieuse et localisée dans le mollet. Meeeeeeerde ! Ca pue l’élongation, légère certes, mais bien présente. Je rentre en voiture grâce à l’assistance d’un voisin. Il reste quelques 27 jours avant la course, le repos s’impose, 10 jours à lire et à tenter de ne pas trop penser. La douleur semble bien vouloir disparaître, je reprends le vélo, tout en douceur, puis une petite sortie à pied, seulement 2 km dans le but de me rassurer, ça passe, je recommence à y croire. Je décide cependant d’y aller sans forcer, ce ne sont pas les entraînements des 3 dernières semaines qui peuvent faire la différence, autant ne pas risquer de blessure. Je décide surtout de ne pas courir si mes muscles ne sont pas bien échauffés préalablement par une balade à vélo et de ne pas courir plus de deux fois par semaine pour leur laisser le temps de bien récupérer après chaque jogging. Je tente quelques sorties courtes, il me reste un point raide dans le mollet, ni vraiment douloureux, ni vraiment handicapant, mais certainement pas rassurant non plus. Ma montre qui analyse ma foulée indique un vrai déséquilibre entre mes pas. Les doutes m’assaillent, presque permanents, j’ai sans cesse l’envie d’aller courir pour me rassurer, mais je préfère ne pas le faire et je pense trop, beaucoup trop, les doutes persistent. Parfois enfermé dans mes pensées je dois être difficile à vivre pour mes proches. Les nerfs à fleur de peau, j’apprécie qu’on s’inquiète un peu pour moi et en même temps je déteste qu’on me demande comment vont mes mollets. Je ne remercierai jamais assez Valérie et Hadrien qui ont encaissé mes saut d’humeurs, mes stress parfois aigus, mes doutes permanents avec patience, philosophie et un certain lot de sarcasmes et de dérisions comme ils peuvent ensemble en faire preuve.

Sans y croire plus que ça, mais prêt à tout essayer, j’entame un traitement en douceur, massages à l’huile essentielle d’arnica tous les matins et au baume chinois tous les soirs. J’évite à tout pris les anti-inflammatoires et leurs cortèges d’effets secondaires digestifs. Je me repose, ne faisant plus qu’un tout petit peu de natation et de vélo afin de garder quand même un minimum d’activité, puis surtout afin de m’évader parfois du cocon familial quand je sens que mon humeur pourrait être compliquée à gérer.

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Nous arrivons en famille à Vichy quelques jours avant la course. Il fait chaud, terriblement chaud, ce n’est pas non plus pour me rassurer, mais il est trop tard pour reculer. Dans ma tente, les nuits deviennent agitées, peuplées de rêves baroques pour ne pas dire rococos. Une première visite au village Ironman augmente encore un peu la pression. L’excitation monte, les émotions aussi. Le village se trouve dans un lieu chargé pour moi de souvenirs de mon adolescence parmi les meilleurs, parmi les plus intenses. Viennent les premières photos devant le logo Ironman, avec Hadrien qui évidement me demande ce que ça me fait… Je serre les dents, ému. Nous profitons de la chaleur des journées pour nous réfugier sous la climatisation de la voiture et effectuer un repérage du circuit vélo, ça promet de rouler vite et de ne pas trop user des petits développements. Il n’y a qu’une seule bosse vers la fin, il s’agira de ne pas s’y mettre dans le rouge.

Pour récupérer mon dossard, je dois faire preuve d’un peu de diplomatie pour faire comprendre à la bénévole qui détient ma précieuse enveloppe que l’inscription au nom de Touffe Decostre correspond bien à Arnaud Decostre sur ma carte d’identité.

La veille de la course je m’installe comme prévu dans le parc à vélos, moi qui déjà me perd dans les parcs contenant 400 vélos, je cafouille un peu dans celui ci qui compte plus de 2000 places, et je me trompe d’emplacement. Mon dossard porte le numéro 1695 mais c’est à la place 1685 que je m’installe. Heureusement les arbitres veillent sympathiquement et guettent les athlètes distraits.

Je renonce à me rendre à la « pasta party » organisée sur les lieux du départ, il y a vraiment trop de monde, trop de bruits, je rejoins Valérie et Hadrien dans une vieille brasserie Vichyssoise qui, comme beaucoup d’autres, a mis à son tableau un menu « Ironman » certainement plus goûtu que les pâtes trop cuites de l’organisation. Faute de ma traditionnelle bière spéciale, c’est d’un bon Saint Pourçain que je me dope très raisonnablement. De retour au camping, je termine la préparation minutieuse de mes affaires, je vérifie tout plutôt 10 fois qu’une. Je tente de me coucher pas trop tard pour une courte nuit. Le genre de nuit infernale où quand on dort, on rêve qu’on ne dort pas et l’on ouvre l’oeil pour vérifier que le réveil n’a pas oublié de sonner. Je m’éveille tôt pour engouffrer un énorme plat de pâtes, je suis étrangement calme, serein même, je n’ai rien à perdre, tout à gagner et du plaisir à prendre. Mon mollet semble assoupli, tout va bien.

J’arrive vers 6h du matin dans le parc à vélos pour mes derniers préparatifs, sous la lune et Orion qui fut le gardien deux ans plus tôt du premier de mes trois Ventoux. Je plonge mon regard dans les étoiles, je me vide la tête de toute contrainte extérieure, rien n’existe plus que la course qui va bientôt débuter. Je ne pense plus qu’à une chose, en profiter. Je ressors quelques minutes pour saluer mes supporters courageux qui se sont levés presque aussi tôt que moi pour venir me soutenir. Ea d’abord, compagne infatigable de mes courses à pied dans les bois, Hadrien ensuite. Puis mon regard croise celui de Valérie, instantanément nous fondons tous les deux en larmes, nous pensons à la même chose, il n’y a aucun besoin de se parler, on se serre dans les bras. Et je rejoins le départ, plein d’émotions, mais libéré de tous mes doutes, de tous mes stress des derniers jours. Je suis là pour y prendre du plaisir et pour tenter « un exploit » que je n’imaginais même pas possible d’entreprendre il y a 2 ans à peine.

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Dans la file du « rolling start » je rejoins le box 43 – 44 minutes. L’eau est annoncée chaude, plus de 25 degrés, nous allons nager sans combinaison. Beaucoup d’athlètes appréhendent cet effort imprévu, moi, plutôt bon nageur, je sais que même si je vais y perdre quelques minutes (la combinaison rend la natation un peu plus simple et surtout plus rapide à effort égal) je vais y gagner en sensations et en plaisir. J’atteins la ligne de départ, un dernier signe à mes supporters, un coup d’oeil vers le soleil qui se lève et je saute dans l’eau, elle est presque chaude, à peine moins qu’une piscine, elle ne goûte pas le chlore, elle est parfaite. Je commence à nager calmement, saluant à chaque inspiration la lumière du soleil levant qui annonce une journée fort chaude. Si j’aime généralement l’ambiance des départs massifs lors des courses, parce que j’aime cette lessiveuse chaotique de très nombreux bras qui battent l’eau tous ensemble, je dois reconnaître que j’apprécie aussi ce départ en « rolling start » qui permet à chacun de nager sans devoir se soucier des autres. Au passage des bouées, à environ mi-distance, je jette un coup d’oeil à ma montre, 22 minutes et quelques poussières. C’est exactement ce que j’avais pensé, un tout petit peu plus lent qu’avec une combinaison mais le rythme est bon. Sur la deuxième partie du parcours je m’offre même quelques mètres de brasse pour profiter de la vue. Non pas que celle-ci soit exceptionnelle mais plutôt mais plutôt que l’endroit évoque en moi des souvenirs qui eux le sont. Dans ma tête, je suis dans le plan d’eau du centre omnisports de Vichy, je suis parti pour mon premier demi Ironman, je suis bien, quel pied ! Je reprends ma route en crawl et calmement j’arrive à la sortie de l’eau après 44’22 » de natation.

En transition j’ai décidé de ne pas me presser. Et surtout de ne pas courir. Gagner quelques secondes et risquer un problème ne m’apporterait rien. Parmi tous les sacs alignés je trouve très rapidement celui que je pense être le mien. Je le prends, je marche vers la tente de transition, je l’ouvre, merde ce n’est pas mon casque ! Je regarde le numéro du sac, 1685, ben oui, bizarre c’est pourtant ça. Je vérifie mon numéro sur le tatouage de mon bras, 1695 décidément je lui en veux à ce numéro 1685. Je cours cette fois-ci pour aller remettre son sac en place, ouf il n’est pas encore sorti de l’eau et je ne l’ai en rien pénalisé. Je prends le bon sac et j’entreprends de me préparer pour le vélo. Je demande à un bénévole présent dans la tente s’il veut bien m’aider à mettre de la crème solaire dans le dos aux endroits qui me sont inaccessibles. J’en avais parlé aux arbitres avant le départ, pour certains toute assistance étant formellement interdite je devrais être sanctionné de disqualification immédiate, pour d’autres plus malins sans doute, la crème solaire n’est pas une assistance qui puisse influencer le résultat de ma course et donc elle est tolérée. Quoi qu’il en soit, je vérifie quand même qu’aucun arbitre ne traîne dans la tente avant de me faire aider, au cas où.

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Je pars chercher mon vélo sans me perdre, miracle ! En sortant du parc à vélos je salue Hadrien et Valérie au passage, aux mains je porte les gants fétiches de Gégé, mon beau-père, ceux là même avec lesquels il a réalisé ses plus belles randonnées, ses plus beaux brevets. Ces gants mémorables datent d’un temps révolu où l’on fabriquait des objets pour qu’ils durent, ils ont été achetés à l’époque où le Cannibale fut Champion du Monde et portent sur le dos de la main, les lignes de l’arc en ciel symbole de ce championnat. Ils devraient me porter chance. Je sors du centre omnisports de Vichy, j’y vais sans forcer, je sais qu’une petite côte m’attend au troisième km et qu’il s’agit vraiment de ne pas se mettre déjà dans le rouge. Dès le sommet, une légère descente permet de prendre une vitesse de croisière, je ne regarde pas mon compteur, je ne tiens compte que de mes pulsations afin de ne pas les faire monter trop haut. Je pédale, grisé par cette ambiance de course, profitant des routes fermées à la circulation où l’on peut rouler « comme des pros à la TV », coupant les virages et relançant quand il faut. Je prends du plaisir, j’en prends plein les yeux. Je m’éclate, je m’amuse, j’interagis avec le public remerciant ceux qui nous encouragent, motivant les autres à le faire. Arrivé à l’approche du 25ème km je jette un coup d’oeil à ma vitesse moyenne, idéalement je devrais être à 25km/h pour garder un peu de marge sur le semi marathon, 52 minutes et quelques secondes près de 29km/h de moyenne. J’hallucine ! Jamais je n’ai roulé aussi vite, jamais ! Je pense à Hadrien qui resté sur la ligne d’arrivée me suis sur le « live tracking », je l’imagine criant, « Maman, Papa est parti comme une fusée ». J’imagine aussi une légère inquiétude chez Valérie, celle de l’accident. L’idée me vient que peut être je suis trop rapide, que je brule des réserves qui seront utiles par la suite, je me dis qu’il serait bon de lever le pied, un peu, j’analyse mes pulsations moyennes, je suis en dessous de 130 battements par minute, encore loin de ma limite. Je lève effectivement un peu le pied… 100m peut être 200 puis sans vraiment que ce soit conscient, je reprends mon rythme, grisé par l’ambiance. Je me dis qu’il sera encore bien temps de lever le pied sur les 20 derniers kilomètres.

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Au ravitaillement, j’attrape un bidon d’eau, un peu de gel, une barre d’énergie et un morceau de banane. Ce n’est pas sur une épreuve comme celle-là qu’il convient de se rationner, surtout au début. Je bois beaucoup, je mange régulièrement, je sais que plus l’effort sera long, plus je risque d’avoir des difficultés à manger. La température monte progressivement, et comme le disait la voix péremptoire, il faut boire, boire et toujours boire alors toutes les 10 minutes ma montre vibre à mon poignet pour me le rappeler. Je regrette vite d’avoir pris de l’eau et pas une boisson isotonique au ravitaillement, l’eau ce n’est pas mal à l’entraînement, mais là compte tenu de la chaleur et des pertes hydriques et ioniques importantes, ce n’était pas une bonne idée. Je ne le ferai plus sur le reste de la course. Même si je roule vite et reste concentré sur ma route, je profite pleinement du paysage, au loin le mythique Puy de Dôme, la chaîne des volcans d’Auverge, plus loin encore le Massif que Sancy que j’adore.

Si sur les triathlons régionaux que j’ai pris l’habitude de fréquenter, je rencontre généralement très peu les arbitres qui ne s’intéressent qu’au haut de classement, ici c’est tout le contraire, l’arbitrage est assez présent, et semble relativement sévère en particulier pour les histoires de drafting. Perchés sur leurs motos, les juges sifflent régulièrement, il faut dire que certains concurrents abusent de ce genre de pratiques et profitent un peu trop de la roue de ceux qui les dépassent. Moi de toute façon j’ai peur de le faire et je ne prends aucun risque, puis rouler juste derrière un autre empêche de profiter vraiment de la vue puisqu’il faut se concentrer sur la roue que l’on suit, vraiment pas mon genre. Et les kilomètres défilent sans que ni le rythme, ni le plaisir ne baissent.

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Le troisième ravitaillement précède la seule vraie petite bosse du parcours, j’y fais le plein complet, des boissons isotoniques en suffisance, quelques barres, quelques gels. Sur le vélo on ne s’en rend pas vraiment compte parce que le vent relatif diminue franchement la température ressentie, mais le thermomètre dépasse maintenant les 30 degrés, il faut s’hydrater en suffisance en prévision de la course à pied. Je sais aussi par expérience que s’alimenter pendant la course à pied deviendra difficile, il faut donc aussi manger suffisamment. Au pied de la bosse, je sais que ce n’est pas en gagnant 4 km/h sur ce tronçon un peu plus raide que je vais y gagner, ni du temps sur mon chrono général, ni des places au classement dont d’ailleurs je me fous complètement. J’y vais en mode cyclotouriste et même si ce n’est pas fort raide, je passe sur mes plus petits développements et je mouline calmement. Cool, cool, cool, sans forcer ! Au sommet, le parcours entre dans les bois, je profite un peu de l’ombre et de sa relative fraîcheur pour bien manger. Je commence à penser à la course à pied, à tenter de faire un bilan de l’état de mes jambes, à couper mon effort de temps en temps pour faire quelques étirements, des mollets sûrement, des quadriceps certainement, sans oublier mes ischio-jambiers. Enfin, la route redescend vers Vichy, dans l’euphorie pour ma part, ma moyenne frise les 30km/h, j’ai mis à peine plus de 3 heures pour parcourir les 90 km et c’est fort ému que je rentre dans le parc de transition. Ma tête est encore capable de calculer un peu. Pour entrer dans les délais il me reste un peu plus de 3h30 pour boucler un semi marathon. J’y crois plus que jamais. Je me prépare sans traîner pour aller courir.

Je sors de l’aire de transition, je passe devant Hadrien qui fait quelques photos, j’essaye de lui dire « Les gants de ton Grand-Père sont magiques, je n’ai jamais roulé aussi vite de ma vie ». Je fond en larme, complètement, je dois m’y reprendre à quatre reprises pour parvenir à balbutier la première partie de la phrase. C’est promis, je ne ferai plus aucune compétition importante sans ces gants.

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Mes jambes répondent assez bien, je n’ai pas encore mal, tout va bien. Comme toujours je pars un peu vite, mais rapidement ma montre sonne et vibre à mon poignet. Touffe si tu veux tenir pendant 21 km il convient de réduire le rythme tout de suite, et là il ne s’agit plus comme à vélo de rouler juste un peu moins vite pour s’économiser, il s’agit de ralentir franchement et de faire baiser le pouls qui s’est un peu emballé. Il me faut près de 2 km pour y parvenir, je ralentis doucement, mes jambes vont bien, mon mollet donne quelques signes de raideur mais je me suis bien étiré sur la fin du vélo et prends encore le temps de le faire un peu en ce début de course à pied. La distance, mon premier semi-marathon est une difficulté certes mais elle est terriblement accentuée par la chaleur. On approche des 36°C à l’ombre, au soleil c’est intenable, heureusement, l’organisation a prévu des ravitaillements nombreux, tous les 2 km environ. Des bénévoles arrosent généreusement les athlètes qui tentent de se rafraîchir un peu. A manger il y a des gels, des barres de céréales, des bananes, des oranges, et des biscuits salés, je me force à encore prendre de toutes petites quantités. Mon tube digestif me lâche progressivement, je commence à sentir quelques gargouillis qui ne présagent rien de bon. Après environ 7 km il me devient même presque impossible de manger, toute les nourritures présentées me dégoûtent complètement, j’ose encore de mini bouchées de bananes qui passent difficilement. A boire il y a de l’eau, du coca, une boisson isotonique et de la St Yorre. Compte tenu des pertes hydriques et ioniques je me force à ne plus prendre que des boissons qui contiennent quelques sels, la St Yorre qui n’est pas ma boisson préférée, loin s’en faut, devient pour moi la meilleure des eaux. A chaque ravitaillement je m’efforce de boire au minimum un gobelet d’isotonique et un de St Yorre. Les bénévoles font vraiment un super boulot, ils ravitaillent en énergie physique, mais aussi en énergie morale, nombreux sont ceux qui encouragent les athlètes pour qui ça commence à devenir long. De plus en plus de coureurs marchent, ce n’est pas encore mon cas. Vers le 8eme km par contre les premières crampes apparaissent, légères au début, je tente de les étirer, je parviens encore à courir lentement, puis je suis obligé d’alterner la marche et la course. Et d’ailleurs ma course est à peine plus rapide que ma marche. Les crampes augmentent, je commence à ne plus penser à l’arrivée, je pense à court terme, je pense au ravitaillent suivant, et ce court terme me semble long, mais j’avance toujours. J’arrive à la fin du premier tour, l’idée de parcourir encore la même distance me semble inimaginable, puis je rencontre mes supporters, Hadrien m’encourage, court quelques mètres avec moi. Il s’occupe de donner des nouvelles aux amis et me demande quoi leur dire. Je lui réponds « J’en chie, j’en chiale! » et effectivement des larmes dont je ne cerne pas parfaitement les raisons se glissent dans mes yeux, des émotions mêlées à la douleur. Je suis au bout de mes forces, mais j’avance encore. Valérie n’est pas forcément rassurée en me voyant passer, et Ea qui est un chien plutôt empathique n’est pas là pour calmer ce stress manifestant le sien à grands coups de pleurs. Je cours encore un peu dopé par la ferveur de Hadrien, de moins en moins, mes crampes, préalablement limitées à ma cuisse gauche s’étendent maintenant aux deux jambes et sur toute la hauteur, plus un muscle ne fonctionne normalement. Je finis par ne plus courir du tout et je me trouve un rythme de marche relativement rapide. Ma tête commence aussi à tourner fou, je calcule, recalcule et recalcule encore le temps qu’il me reste pour terminer dans les délais, en tenant cette vitesse j’ai une demi-heure de marge environ, inutile de forcer, mais il s’agit quand même de ne pas traîner, en 7 km une demi heure peut être vite perdue. Et j’avance encore. L’ambiance dans ce qu’il reste du « peloton » devient différente, nous sommes tous dans les mêmes souffrances et si certains vont encore un peu plus vite que d’autres, personne ne semble vraiment bien. On s’encourage mutuellement, en ville on commence à croiser des gens qui portent le t-shirt et la médaille « Finisher Ironman 70.3 Vichy 2016 », on les regarde, on les envie, on se motive, ils nous encouragent et on avance encore. Le dernier tronçon le long de l’Allier semble interminable. Sans savoir très bien qui a pris le rythme de l’autre, je ne cours plus seul, on se parle un peu mais il ne s’agit pas vraiment de communication, chacun est dans sa bulle, dans son monde, dans la douleur de ses crampes. Chacun est dans les fantasmes que pour lui représente cette satanée ligne d’arrivée qui se rapproche doucement. Le temps et les distances deviennent élastiques, parfois pendant quelques dizaines de mètres on ne pense plus, et ça passe tout seul, parfois les 10 mètres qui suivent semblent infranchissables et durent une éternité. Et je recalcule le temps qu’il me reste pour les délais, et j’avance encore un peu. Mon tube digestif qui donne depuis quelques km des signes de faiblesses est maintenant complètement hors service, c’est à se demander si l’eau que je bois est encore assimilée par mon corps, les crampes ne se limitent plus uniquement aux jambes, un péristaltisme anarchique s’est mis en route dans mon ventre, lançant des bloub, des gloub, des glouglouglou et d’autre borborygmes non transcriptibles. Pourrai-je me retenir jusqu’à la ligne d’arrivée, ou au moins jusqu’aux prochaines toilettes ?.. Jusqu’ici tout va bien et j’avance encore un peu.

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A quelques 100aines de mètres de l’arrivée, je décide de fausser compagnie à mon camarade de fin de course, non pas qu’il me soit antipathique, mais plutôt que j’ai envie de passer seul cette satanée ligne, de profiter de mon instant personnel, de cet instant que j’ai préparé lors de mes longues heures d’entraînement, de cet instant à propos duquel j’ai tellement rêvé, j’ai tellement pensé, fantasmé même. Je n’ai pas envie de partager. J’en profite pour m’arrêter quelques seconde dans ce genre de lieu d’aisance mobile que l’on déteste dans la vraie vie, en particulier sur les plateau de cinéma, mais qui ici s’avère complètement providentiel. Combien de temps suis je resté assis sur ce trône de fortune, 1, 2, 3 minutes je n’en sais rien, je repars soulagé d’une partie de mes crampes. Il me reste 300 ou 400 m à parcourir, mes crampes bien que toujours bien présentes dans les jambes sont devenues de sympathiques chatouilles, je parviens même à courir quelques mètres pour faire bonne figure en entrant dans le stadium d’arrivée. Je ne suis plus qu’une ébullition, j’ai réussi mon défis insensé, je suis arrivé au bout de cette folie qu’il y a un an à peine, je pensais réservée à une élite dont je ne ferais jamais partie. Je cherche Valérie, Hadrien et Ea des yeux, je ne veux pas passer cette ligne sans les avoir embrassés tous les 3 à cet instant ils sont vraiment les seuls avec qui je veux bien partager cet instant d’euphorie absolue. Ils sont à quelques mètres de l’arrivée contre la barrière, je tente de courir vers eux, j’ai probablement l’air assez mal en point parce que un des présentateurs se précipite pour savoir comment je vais. Je lui réponds que tout va bien mais que je ne suis plus qu’une crampe. Mais l’instant est magique, plus fou encore que dans mes rêves les plus fous, plus chargé d’émotions que je n’étais capable de l’imaginer. C’est complètement indescriptible. J’embrasse mes 3 supporters et je passe la ligne les bras levés et je profite de cet instant, de cet espace-temps élastique qui me laisse tout le loisir de savourer. 6 heures 56 minutes 37 secondes de course, moins de 7 heures, je n’avais même pas osé en rêver, moins de 3 heures pour mon premier semi marathon, je n’en reviens pas.

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Je reçois ma médaille, j’embrasse la jeune bénévole qui me la passe au coup, je la charge de remercier pour moi les centaines de ses collègues qui ont oeuvré à la réussite de cette journée. Je marche encore 3 mètres et je vais me cacher dans la tente d’arrivée pour me coucher, à vrai dire m’écrouler. La douleur de mes crampes est redevenue insupportable, les quelques mètres que je viens de courir pour la forme, pour la frime, ont eu raison des dernières ressources de mes muscles des jambes. Il faut que je me relâche totalement, mais je ne veux surtout pas m’écrouler à la vue de Valérie et Hadrien, pour ne pas les inquiéter, je les connais assez pour savoir qu’ils ont eu leur dose sur la journée. Je dois saluer ici l’efficacité redoutable du service médical, je suis immédiatement pris en charge par un médecin qui m’emmène vers le centre de soin je ne me sens pas vraiment mal mais je me laisse faire, je n’ai pas la force de résister, puis un petit check-up ne peut pas faire de tort. Il y a une ou deux personnes qui sont sous perfusion, pour hyponatrémie plus que probablement, je me couche, on prend ma tension, mon pouls, tout va bien, bon pour le service. Le médecin parle quelques minutes avec moi pour vérifier la cohérence des mes propos, elle me demande de raconter ma course, mon neurone semble encore fonctionnel, je bois un peu. La seule chose dont j’ai vraiment besoin c’est un massage des pattes arrière pour évacuer un peu de l’acide lactique emmagasiné et me permettre de marcher jusqu’au parc à vélos pour récupérer mes affaires, le médecin me propose d’aller négocier une place prioritaire au stand massage tenu par des étudiants en kiné, je refuse ce passe droit et je m’insère, comme les autres dans la file. Après le massage, passage par le stand ravitaillement d’après course, un morceau de mauvaise pizza froide est engouffré puis j’aperçois la pompe à bière. Certes, en matière de bière, il s’agit plutôt de pisse de chameau diabétique d’une marque franco-hollandaise infâme, mais je m’offre quand même deux affonds revigorants. Puis je vais chercher mon vélo et retrouver mes supporters. A l’ombre les thermomètres hésitent entre 36 et 37°C, au soleil celui de la voiture marque 47°, nous rentrons au camping et c’est dans la piscine que je choisis d’aller me rafraîchir, nous y sommes quelques uns à porter les décalcomanies et stigmates de la course. Place au repos ! Le soir nous nous offrons un excellent repas italien dans le restaurant d’un ami d’ami et déjà je parle de la suivante.

La suivante ? Oui un complet bien sûr ! Après un demi cela va de soi. Certes j’ai passé presque 21 km de ma course à pied à me jurer que jamais je ne ferai cette folie, nager le double, je peux faire, pédaler le double aussi, mais courir, oh courir, non pas la belle affaire ! Impossible ! Et pourtant l’idée me travaille. Parce que ce fut finalement tellement magique, parce qu’il reste 10 mois à préparer cette course, parce que plein de copains de club y seront, parce que mes supporters aussi, parce que si je n’essaye pas je ne saurai jamais si je peux le faire, parce qu’on ne vit qu’une fois, parce que j’ai adoré le demi, parce qu’un complet c’est certainement le double de souffrance et le double de magie… parce que je suis fou enfin… parce qu’après 48 heures de réflexions et les endorphines retombées j’ai encore envie d’essayer. Je me suis inscrit à L’Ironman de Nice pour le 25 juin 2017. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler d’ici là.

Avant de conclure, je voudrais remercier, premièrement ma famille qui m’a soutenu et supporté dans tous les sens du terme tout au long de la préparation puis de la course. Remercier aussi tous mes amis de club et d’ailleurs qui ont douté nettement moins que moi tout au long des entraînements, ou qui a tout le moins, l’ont moins montré et m’ont soutenu jusqu’au bout. Merci les amis… sans vous c’était impossible !

A bientôt sûrement pour d’autres aventures de fin de saison, en attendant la suivante. A suivre…

Triathlon longue distance de Grammont

« Grammont » ou plutôt « Geraardsbergen », un nom qui fait trembler tous les cyclistes du monde pour son terrible « Muur » avec son légendaire passage à 20% en pavés. Une grimpette redoutable que je connais  bien. Dans le Brevet International du Grimpeur j’en suis même un des « parrains » pour l’avoir un jour Grimpée 25 fois en quelques heures afin d’étrenner le VTT que je venais de recevoir. Grammont donc, l’endroit idéal pour me frotter une première fois à un triathlon longue distance, au programme 1000m de natation dans le lac de Gavers, 90 km à vélo avec deux ascensions du Muur et 10 km de course à pied pour terminer.

Sur le papier, la natation devrait être une formalité pour moi, 1000m, à peine un échauffement. Du coup je la prends encore plus cool que d’habitude, si bien que j’en suis encore à rire avec mon ami Nicolas quand le coup de feu du départ claque. Nous nous jetons à l’eau.

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Bien sûr, la conséquence d’un départ précipité est que je pars un peu vite sans prendre garde à mon rythme. et je me brûle un peu. Rien de grave, 1000m c’est court mais quand même, je sors de l’eau sans m’y être vraiment amusé, j’ai passé plus de temps à tenter de gérer mon souffle qu’à vraiment nager correctement et mon chrono est un peu quelconque, sans être mauvais, c’est un « peut mieux faire » pour reprendre une expression chère aux profs de math, 19’15 ».

En transition, comme toujours je prends mon temps pour me préparer, un peu moins cependant que d’habitude. Le vélo promet d’être long et dur, on annonce environ 1000m de dénivelée pour 90km avec un délais de 4h30, natation comprise. Il me reste un peu plus de 4h pour couvrir la distance, je dois tenir un petit 22,5km/h de moyenne et garder des forces pour la course à pied. J’appréhende un peu, en soit, cette moyenne n’est pas énorme, mais il s’agit de ne pas traîner quand même. Je pars sans forcer, pour le premier tour de circuit, le plus simple des 3 puisqu’il ne commence pas par le Muur. Il pleut, ça étonne quelqu’un? Je roule prudemment et mise sur la sécurité. Dans la descente du Congoberg je roule juste derrière un concurrent encore plus prudent que moi, il freine beaucoup trop à mon goût, il semble manifestement stressé sur son vélo et ne garde pas sa droite dans les routes étroites et sinueuses, impossible de le dépasser. Craignant plus encore une chute de sa part que de la mienne je le laisse « filer » un peu et je prends mes distances. Il pleut tellement que par endroits la route est un torrent d’eau ou même de boue. L’organisation a placé des signaleurs supplémentaires pour prévenir de ces dangers, certains passages, heureusement courts, tiennent plus du cyclocross que du cyclisme.  et j’atteins le pied du Muur sans forcer, bien décider à ne pas y aller trop fort. Il y a un peu de monde, les encouragements fusent, l’ambiance est agréable et le Muur très glissant. Dans le passage le plus raide, ma chaussure se décale de ma pédale, je jure, je rage, heureusement je ne tombe pas. J’hésite à tenter de redémarrer ou à continuer à pied. Non, à pied dans le Muur, jamais! Pas mon genre de renoncer! Je tente de redémarrer, et heureusement que j’avais décidé de le faire calmement, je suis sur ma plus petite vitesse. Quelques tours de manivelles qui tiennent plus de l’équilibriste de cirque que du cyclisme et voilà mon vélo qui file à nouveau droit vers le premier passage au sommet. 33ème km, 1h22′ de route, soit 24km/h de moyenne, tout va bien.

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J’attaque donc le second tour de circuit en confiance, il pleut un peu moins, voire même presque plus. Je garde le rythme, j’accélère même un tout petit peu, je me sens bien. Dans la descente du Congoberg, il n’y a plus personne pour me gêner et me faire aller trop lentement, je vais donc un peu trop vite et mes roues vont manger un peu d’herbe du bord de la route, rien de sérieux, juste une petite frayeur. Je passe le panneau du 60ème km, il me reste 1h50′ pour faire les 30 derniers et rentrer dans les délais. A partir de ce moment là je sais que je vais le faire. Il suffit de ne rien lâcher. Et je passe une seconde fois par le sommet du Muur.

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Le troisième tour n’est plus après ça qu’une formalité, certes il reste deux côtes mais je peux les prendre à l’aise sans forcer et commencer à penser à la course à pied. Un net bémol cependant pour l’organisation, les signaleurs, quand ils sont encore présents ne sont plus vraiment attentifs et les voitures reprennent leurs droits sur la route. Sport-Event, sport business, mais il conviendrait quand même à ce prix là de respecter la course et la sécurité de ceux qui comme moi, en profitent plus longtemps. Heureusement les automobilistes restent prudents. Sur le parcours je rencontre deux cyclocampeurs et ce n’est pas parce que je suis en course que je vais faire une exception, je ralentis pour me mettre à leur vitesse et engager la conversation. Ils sont Irlandais, vont à Berlin et ont réservé un logement au sec pour la soirée dans une chambre d’hôtes de Brakel, ils ne dormiront donc pas dans mon salon. Nous échangeons encore quelques mots et quelques expériences de cyclo-voyageurs et je reprends mon rythme de course. J’arrive à Grammont presque euphorique, ma course est réussie, j’ai mis à peine plus de 3h30 minutes pour les 90km et c’est de très bonne augure pour la suite. Outre la chaleur qui ne sera pas la même, le parcours de mon Ironman 70.3 de Vichy sera moins dur et je suis quasi certain de pouvoir le terminer largement dans les délais. Et même s’il ne faut pas vendre la peau d’un touffe avant la ligne d’arrivée, c’est presque en vainqueur que j’arrive au parc à vélos.

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A la transition, je cafouille un peu à la recherche de la place de mon vélo, j’enfile mes baskets et je pars pour la course à pied. Mes jambes démarrent sans soucis, je pars en confiance.

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Je croise Hadrien qui joue au photographe et qui me dit, « Papa, après ce que tu viens de faire à vélo, je pense que pour Vichy c’est bon »… Je ne sais pas bien ce qui m’arrive, il doit y avoir quelqu’un qui pèle un gros oignon dans le coin, je mords sur ma chique plus qu’ému! Il me reste 10 bornes à courir. Le parcours est sympathique, mais il est aussi dur que celui à vélo, 3 tours à faire d’une boucle qui grimpe bien. C’est dur mais je tente de la faire sans marcher le moindre mètre, en gérant au mieux mon effort et ça passe. Mais j’avais mal compris l’information, l’arrivée ce n’est pas au 3ème mais au 4ème passage devant le Manneken Pis de Grammont. J’ai encore un peu de réserve, heureusement, comme aux autres courses je me sens complètement incapable d’un changement de rythme, mais je peux continuer.

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Le dernier tour me semble interminable, mais je n’ai pas l’impression de faiblir. Dans ma tête les émotions se bousculent, en ébullition, bien sûr je pense à Vichy et me dit qu’avec encore presque 2 mois de préparation je vais y faire une très belle course. Et pendant que je pense à autre chose, les hectomètres défilent, l’arrivée se rapproche. Dans la dernière montée vers la grand place, je suis dans une euphorie absolue, je bouillonne, j’ai presque l’impression de sprinter.

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Ce mélange intense d’émotions, d’endorphines, de projets à venir, de copains et du fiston sur la ligne d’arrivée. Quel bonheur, j’adore!!! J’y suis, j’ai bouclé mon premier « longue distance ».

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Un second gros bémol pour l’organisation et le chronométrage, dans les résultats officiels on me prête un temps de course à pied dont je serais complètement incapable. Ils n’ont pas compté mon dernier tour et je bats donc officiellement des records. Dommage que les résultats soient faux, dommage aussi pour ceux que je dépasse virtuellement et bien involontairement. Dommage encore pour le respect des athlètes qui arrivent les derniers quand le système de chronométrage est déjà partiellement démonté. Sport event, sport business, mais peut faire mieux.

Triathlon des Sharks à Couvin

Ce week-end avait lieu le triathlon des Sharks à Couvin, course dont Hadrien et moi avions déjà fait la version promo il y a deux ans et qui s’était soldée par une nette victoire du « petit ». Cette année, pas de concurrence père et fils, Hadrien est inscrit au promo et moi au quart. La météo est incertaine, on annonce des risques de pluies et même quelques orages, ça promet.

La matinée reste cependant météologiquement calme, un peu de soleil, quelques nuages bourgeonnants, les routes sont annoncées glissantes et Hadrien reçoit comme consigne principale : « Sois prudent ». Il fait une très belle natation, avec environ 650m parcouru en à peine plus de 13 minutes, un bon début. De loin on reconnait son style de crawl, zen et élégant. Bravo!

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Comme moi, en transition, il prend son temps et part à vélo en n’oubliant pas de manger un peu, mais Hadrien n’oublie jamais de manger! Sur le bord de la route, Valérie et moi sommes quand même un peu rassurés de le voir passer calme et souriant. Les leçons de ses courses précédentes, où il avait un peu forcé sur le vélo, portent leurs fruits, il gère! Un peu plus de 17 km en 48 minutes, tout va bien.

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En course à pied, il a annoncé qu’il essayerait d’y aller fort. Et c’est effectivement le cas, les 5 km sont avalés en à peine plus de 25 minutes. Au total, 1h34’40 », en sortant d’une session d’examens réussie pendant laquelle l’entrainement n’a vraiment pas été une priorité. Très belle performance fiston!

C’est fou de voir à quelle vitesse on peut récupérer à 14 ans, parce qu’il développera l’après midi une énergie impressionnante à galoper pour tenter de ramener le plus de photos possibles de tous nos camarades de club qui participent au quart.

Pour ma part, le quart commence très fort, la météo devient capricieuse et nous essuyons une première averse pendant que nous nous préparons, rien de grave, ça ne dure pas. A l’entrée du parc à vélo je me « prends un peu la tête » avec un arbitre un peu borné qui me signale qu’il est interdit participer avec plus que la trifonction sur le dos et que d’aucune manière les conditions météo ne justifient que l’on se couvre plus, il porte lui une veste et un pull. Certes il applique le règlement, mais quand une règle est stupide faut il vraiment l’appliquer à la lettre? Je m’énerve un peu, mais ça ne sert à rien et je n’ai pas envie de me faire disqualifier avant le départ. Je m’installe donc dans le parc à vélo et rejoins le lac. Ouille! Si ça c’est 1500m, ce sont des mètres de paysan, il semble qu’il y ai un peu plus, les plongeurs qui assurent la sécurité annoncent 1800m. Je décide en guise d’entraînement de partir dans « la lessiveuse » au milieu du paquet. C’est un bon test. Je peine un peu dans la masse à trouver ma place et mon rythme, je prends même deux gros coups dans les lombaires et dans le mollet, celui des lombaires surtout me déstabilise un peu, et je décide de me la jouer plus calme, je dévie légèrement pour prendre l’extérieur du paquet. Et je continue calmement, j’ai un peu l’impression de ne pas avancer et de m’égarer plusieurs fois, je vois assez mal les bouées et me fie donc aux trajectoires des autres, j’espère juste qu’eux ne se fient pas à moi, on risquerait de se perdre. Un coup d’oeil à ma montre par contre, infirme cette impression de ne pas avancer, je tourne à un peu moins de 20 minutes au kilomètre, tout va bien. Le deuxième tour de natation se passe plus calmement, il y a moins de monde autour de moi, la pluie arrive et brouille complètement le paysage, les bouées deviennent presque invisibles , disparues dans les éclaboussures provoquées par les grosses gouttes, je prends le temps de m’arrêter quelques secondes pour les chercher et tenter de prendre un bon repère dans le paysage. Je termine la natation en un peu moins de 38 minutes pour 2100m affichés sur mon GPS. C’est bon ça!

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En transition, j’ai l’habitude de prendre mon temps pour me préparer, et je ne change pas une formule qui marche, mais elle marche moins bien que d’habitude. Dès que j’ai enlevé la combinaison, je suis littéralement frigorifié, pendant quelques secondes j’hésite même à prendre le départ à vélo tellement j’ai froid sous cette pluie battante, je maudis l’arbitre et son stupide règlement. Je pars quand même, espérant une rapide éclaircie. Est-ce le froid mais je cafouille un peu, j’oublie de déclencher ma montre, je me trompe dans mes changements de vitesse et je mets « la plaque » au pied de la première côte, mes pulsations montent, je m’essouffle, j’ai froid, galère. L’idée d’abandonner me passe encore par la tête, je lève les yeux au ciel, pas le moindre coin de ciel bleu, puis je me dis que je suis là pour m’entraîner que mon Ironman 70.3 c’est dans 62 jours et qu’il faut y aller. Je mords sur ma chique, je peste encore une ou deux fois sur l’arbitre et je continue. Je joue la carte de la prudence, les routes sont trempées et parfois fort sales de boue et de gravillons, je n’aime pas trop ça. J’ai vais doucement. Il pleut toujours, au loin les premiers coins de ciel bleu font une timide apparition, espoir! Dans une descente, sur le bord de la route un triathlète couché, grosse chute. Je m’arrête, il parle, le casque a bien rempli sa fonction, il  est en compagnie d’une signaleuse qui a déjà appelé les secours, je ne peut rien faire de plus, je continue encore plus prudemment. Vers le 15ème km la pluie s’arrête enfin, vers le 20ème le soleil revient, ouf! Et le plaisir commence enfin à prendre le dessus sur la souffrance et le froid. Dans la longue descente vers Couvin que je connais par coeur pour l’avoir faite de nombreuses fois en voiture lors d’un tournage, je me lâche, presque 70km/h, j’adore! Je remonte ensuite vers le Barrage du Ry de Rome sans forcer, je veux m’économiser pour tout donner dans le course à pied. Au final 1h33″ pour les 39km sans forcer, je suis content. A l’entrée du parc, je retrouve mon ami l’arbitre, je lui dis que j’ai crevé de froid, bien couvert sous sa veste, il me répond « moi aussi ». Je préfère ne pas commenter!

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En course à pied, je connais le parcours, il est « roulant » et permet de se lâcher un peu dès la fin de la côte du début. J’ai envie de tenter un temps en dessous de 1 heure pour les 10 bornes, mes jambes répondent bien, je pars à une vitesse un peu inférieur au 10 km/h pour accélérer progressivement. Le premier tour est bouclé en 31 minutes, un peu moins vite que mon objectif, il ne reste que 5 bornes, il va falloir y aller. Je marche un peu dans la côte puis je commence à attaquer. Le premier km de ce deuxième tour me semble interminable mais les jambes continuent à bien répondre, Christel, une camarade de club, qui court nettement mieux que moi me rejoint, je tente d’accrocher son rythme, elle ne va pas beaucoup trop vite pour moi, juste un peu, mais un peu trop vite c’est déjà trop vite, alors je lâche. Elle m’encourage, elle tente de me faire m’accrocher, mais il reste environ 3km et mes pulsations s’envolent, je risque d’exploser et finalement de ne pas y arriver, je la laisse donc partir doucement devant moi, tentant de perdre le moins possible. Merci Christel pour ce coup de pouce! Dans le dernier km je donne tout ce qu’il me reste de forces, la montée finale me semble raide, impossible, mon cardio sonne, je m’accroche, ça passe! Yes! J’y suis, ma montre m’annonce 57’59 » pour 9,81km. Objectif atteint!

Merci à tous les copains et copines du club pour l’ambiance, c’était vraiment sympa, merci au club des Sharks de Couvin pour une organisation sans faille. Merci à Valérie, Hadrien et Ea (c’est mon chien) pour les encouragements et merci à Hadrien pour les photos.

Bravo encore aussi à mes amis Thomas et Jimmy pour leurs super performances sur l’Ironman d’Autriche et à Stéphane qui termine haut la main le marathon du Mont Blanc. J’espère ne pas faire ce triathlon là l’année prochaine, pour de bonnes raisons dont on parlera plus tard, ou pas… En attendant, rendez vous dimanche prochain pour le longue distance de Grammont.

A suivre…

Gégé, pour ton anniversaire, j’ai fait une connerie…

Et c’est un peu de ta faute…

Cher lecteur, je ne suis pas certain que mes aventures triathlonesques intéressent quelqu’un d’autre que moi, merci à toi de me lire. Aujourd’hui, je vais écrire quelque chose que t’intéressera peut être encore moins, et qui en plus ne s’adresse pas à toi, mais à Gégé mon beau père qui malheureusement ne pourra pas le lire.

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Gégé quand je t’ai rencontré la première fois, tu n’as pas trop aimé, je sortais avec ta grande fille adorée et tu n’aimais pas trop ça. Comme quand tu mangeais quelques chose que tu n’aimais pas, tu avais du dire un truc du genre « c’est bon mais pas trop souvent ». Mais un jour alors que j’étudiais à Tubize et Valérie à Uccle, j’ai fait un pause, j’ai pris mon vélo et je suis arrivé chez vous par surprise, juste pour rester 10 minutes, juste pour faire un bisou à Valérie. A partir de ce jour là tu as bien voulu me considérer comme ton beau fils. J’avais de la chance, j’étais venu à vélo et mon vélo t’avait plu, ce n’était pas celui d’un cycliste sans garde boue, c’était celui d’un cyclotouriste, un vrai à l’ancienne, moins luxueux que le tien mais qu’importe. Certes tu m’acceptais comme beau fils mais ça ne t’a pas empêché de tenter de me tuer quelques semaines plus tard, tu m’avais prêté un vieux vélo à toi dont les deux câbles de frein se sont cassés dans la même descente ardennaise. J’ai eu très peur, tu as beaucoup ri.

Mais nous ne sommes pas ici pour parler de notre relation, tu étais un cyclotouriste exceptionnel, tu ne parlais pas beaucoup de ton « palmarès » mais nous en avons découvert une partie, cachée dans une vieille sacoche « SABENA » dans ton garage. Et c’est pour en présenter une partie que je prends mon clavier ce soir. Depuis longtemps tu ne comptais plus que tes kilomètres, ni les cols qui t’avaient valu, entre autre, de rejoindre le Club des 100 cols », mais tu avais eu ta « crise des brevets » comme le dit Valérie. Et ta « crise brevet » t’avait amené sur les plus beaux de ceux-ci. En voici quelques uns :

Numériser 3Parmi les grands classiques quelques Mons Chimay Mons…

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Et autres longues distances plus ou moins connues.

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Des trucs de dingues que tu faisais en 3 ou 4 jours maximum
dans les Alpes ou les Pyrénées que tu adorais.

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Et de très longues distances, on ne compte pas les 600, 400, 300 km…

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Et bien sûr le plus célèbre d’entre tous, le Paris – Brest -Paris
1250 km en moins de 90 heures tu étais vraiment dingue 😉

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Cela t’avait même valu le « Mérite sportif de Uccle » mais tu te gardais bien d’en parler.

J’en passe, la mémoire allouée à ce blog y passerait. Tu n’en loupais pas une non plus, tu nous as laissé tes vélos sacrés, ceux qui comme les miens dormaient dans le salon, merci d’avoir habitué Valérie à ces excentricités, ça m’aide tous les jours. Le jour où j’ai ramené ton Singer noir à la maison, Valérie n’a pas osé monter dessus, « non c’est le vélo de Papa, je ne peux pas ». Tu ne m’en voudras pas mais comme tu avais laissé la place libre sur la selle, j’ai eu un peu moins de scrupules, j’ai pris ton vélo, je suis parti rouler. Moi qui pensais avoir un vélo confortable, j’ai découvert ta machine, on est là dessus comme dans un divan, et encore je connais des divans qui ne sont pas confortables. Je suis parti vers Grammont, ça va de soit, c’est la côte la plus proche de la maison, une bosse que tu aimais bien, une bosse que j’adore, même si il y a quelques années tu m’avais dit que tu vieillissais, qu’elle t’avait paru dure. On ne t’avait pas cru, on n’avait pas voulu te croire. Bref, je suis parti vers Grammont, il faisait beau, une météo pas trop chaude avec un peu de soleil comme tu adorais. Dans la montée du muur, un peu de pluie, j’assume, j’ai toujours dit que les pavés secs ce n’étaient pas vraiment des pavés. Mais je n’avais pas imaginé, quand je suis arrivé au sommet le ciel était balafré d’un magnifique double arc en ciel, la photo est ratée. Moi qui ne suis jamais mystique, même devant le plus beau des plats de spaghetti, j’avoue, ce jour là j’ai failli. Devant cet arc en ciel j’ai eu un moment d’égarement, difficile de ne pas me dire que tu étais content de voir ton vélo rouler encore, de la voir monter ce muur que tu aimais… J’avoue, au sommet du Muur, je pleurais et les autres cyclo venaient admirer ton vélo et me féliciter d’avoir pu hisser cette machine ancienne au sommet du Kapelmuur.

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Bon je vais m’arrêter là , si jamais un « machin éternel » existe quelques part tu dois me maudire d’écrire ceci, tu n’aimais pas être sous les feux de la rampe. Je ne suis pas fort inquiet, tu y croyais si peu et moi pas du tout. De toute façon, comme on a dit, « c’est bon mais pas trop souvent » , je ne le ferai plus. Mais je dois reconnaitre que si je voyage à vélo, si je me lance des défis dingues et si aujourd’hui pour ton anniversaire j’ai pédalé 130 bornes, c’est un peu de ta faute. Parce que tu m’as appris à pédaler correctement pour tenir le coup sur de longues distances parce que tu m’as donné le goût de ces brevets insensés, et parce que contrairement à d’autres tu ne m’as pas dit « c’est impossible » quand je t’ai dit que je partais en cyclo-camping, que du contraire tu m’as offert mes premières sacoches. Alors ce soir en rentrant de ma longue balade à vélo, j’ai fait une connerie en pensant à toi, je me suis inscrit à l’Ironman 70.3 de Vichy pour la fin du mois d’août (c’est la moité de distance de l’Iroman complet soit 1900m de natation 90 km à vélo et un semi marathon). Que j’arrive au bout de cette course ou pas, je sais déjà que je penserai à toi ce jour là parce que sans t’avoir rencontré, je n’aurais même jamais essayé.

Bref, tout ça c’est à cause de toi… A suivre.

1/4 de l’Eau d’Heure, enfin de retour au triathlon

C’est parti pour la saison de triathlon. Mon premier triathlon de 2016, et même le premier depuis fort longtemps. J’ai choisi le 1/4 du Lac de l’Eau d’Heure qui fut aussi il y a deux ans mon premier 1/4. Je ne viens avec d’autres ambitions que de me faire un entraînement, de m’amuser, de me tester. Physiquement, je suis en meilleure forme qu’en 2014, mais je pèse quelques kg de plus qu’à ce moment là, et connaissant le parcours tant à vélo qu’à pied, je risque de le payer cher.

Jusque là, je ne suis encore parvenu à ne nager que le crawl à aucun triathlon, parce que ce n’est pas à la base ma nage préférée, mais surtout parce que j’ai une furieuse tendance dans l’excitation du départ à partir trop vite et me « griller » rapidement. Mon premier objectif de la journée est donc de tenir le coup sur la natation, parce que la brasse c’est bien mais c’est nettement moins économique pour les jambes ce qui en prévision des longues distances à venir pourrait faire la différence. L’eau est annoncée froide, 13,5°C, la natation est donc un peu écourtée à environ 1100m par rapport aux 1500m prévus au départ, ça ne m’arrange pas trop mais c’est toujours mieux que « natation annulée » comme il en fût question il y a quelques jours encore. Est-ce ma couche de gras, mais j’aime l’eau fraiche et je ne la trouve pas froide, j’y entre sans difficulté et m’y sens tout de suite bien. Le départ est donné et je démarre calmement, il y a du monde, ça bataille un peu mais je parviens à prendre mon rythme sans trop m’inquiéter des autres, je respire par séquence de 3 puis 2 temps en alternance. Dans ma tête je me compte un métronome, 1, 2, 3, 1, 2, 1, 2, 3, 1, 2… Comme à l’entrainement. Et ça marche, enfin je veux dire, ça nage. J’avance bien et plutôt sereinement. Une de mes grosses difficultés jusque là en crawl était de m’orienter et de parvenir à regarder parfois droit devant pour ne pas perdre le cap à suivre vers la bouée, je parviens à ne pas trop zig-zaguer. L’entrainement et les nombreux exercices sont payant. Et pendant que nous nageons, le soleil pointe enfin son nez au travers des nuages, l’arrivée de la lumière, j’apprécie. Je sors de l’eau, coup d’oeil à ma montre, 1110m en 20’11 », c’est bon ça! Mission accomplie pour la natation, je suis content.

En transition, je prends mon temps, peut être même encore plus que d’habitude, voir les autres se dépêcher autour de moi m’amuse et je pars calmement à vélo. Je sais le parcours très exigeant, 3 tours comportant chacun 4 côtes soit 12 ascensions pour 40km, mon objectif est de prendre un rythme que je sois capable de tenir jusqu’au bout, sans faiblir, je roule à ma vitesse de randonnée, je me fait passer par beaucoup de monde, je me fais reprendre un tour par les fusées de la tête du classement, qu’importe j’avance bien. Il fait chaud et même fort lourd, je bois beaucoup, je mange un peu et boucle mon premier tour en 33′ environ, tout va bien, le deuxième en 34′, le troisième en 35′ à peu de chose près j’ai tenu sans faiblir, j’ai bu mes deux bidons d’eau en presque 42km et 700m de dénivelée selon ma montre. Je termine le parcours à vélo calmement sans forcer, optimiste pour ma course à pied.

La seconde transition, quoi que plus courte que la première est encore effectuée tout à mon aise et je démarre ma course, un peu trop vite, mon cardio m’alerte rapidement et je réduis la cadence. C’est dur, le premier kilomètre est même très dur, il est évident que je n’ai pas assez bossé les transitions à l’entrainement. Malgré les deux bidons bus pendant le vélo, j’ai soif, il fait de plus en plus chaud, mon neurone se met à tourner, je me dis qu’un 1/2 je ne pourrais jamais, que peut être même le 1/4 en court risque de s’arrêter là. Je croise des camarades de club, on s’encourage, ça semble dur pour tous ou presque. Après un kilomètre, enfin le ravito en vue, enfin à boire, enfin j’espère ! Sur place, il n’y a plus de gobelets, on me propose de boire dans un sceau, j’y plonge mes mains « en coupe » et bois une belle rasade de flotte, pas assez. Ce genre d’incident ne devrait pas arriver, en particulier sur ces courses où le droit d’inscription est particulièrement élevé, je râle, mais ça me permet de penser à autre chose qu’à ma course, qu’à ma soif. Je rencontre une première fois Pascal qui semble lui souffrir de grosses crampes qui l’empêche de courir, nous faisons quelques mètres ensemble, je le lâche, il me reprend, je le lâche encore, chaque fois il revient mais ses crampes semblent empirer. Je ne peux rien faire pour l’aider, nous engageons la conversation et là aussi cela permet de penser à autre chose. Et mine de rien, sans y penser nous avançons quand même, lentement certes mais nous avançons. Au 4ème km retour au ravito, ouf, des gobelets sont arrivés, je m’arrête, j’en bois, beaucoup et je reprends ma course. Au fur et à mesure que le temps passe, ça va de mieux en mieux pour moi, et de pire en pire pour Pascal. Je serais complètement incapable de donner la moindre accélération, mais à condition de ne pas changer de rythme, j’ai l’impression que je vais pouvoir continuer encore loin. Le second tour de course à pied se passe, toujours à la même vitesse, toujours avec Pascal qui joue au yo-yo derrière moi. Je prends encore le temps de bien boire aux ravitos. Sur le final, dans la dernière montée je parviens quand même à donner une petite accélération pour rejoindre Harmony une camarade de l’Endurance Team de Chièvres, juste pour le principe de passer la ligne ensemble.

A l’analyse, j’ai été plus lent qu’il y a 2 ans pour chacune des disciplines les kg superflus sont une partie de l’explication, mais en 2014, j’avais l’impression d’avoir tout donné, j’avais un peu galéré en natation, j’avais perdu de la vitesse dans le dernier tour de vélo, j’avais rejoins la ligne d’arrivée avec l’impression que je ne pourrais pas faire un mètre de plus. Cette année j’ai l’impression d’avoir pratiqué les trois discipline dans un confort relatif sans forcer dans aucune, même si le début de la course à pied fut laborieux. J’ai l’impression que j’ai encore quelques réserves, et ça c’est un très bon signe pour la suite.

Prochain triathlon dans 3 semaines, en attendant place à l’entraînement et probablement à quelques longues distances à vélo… A suivre…

20 km de Bruxelles

20 km, une distance que je n’ai encore jamais courue, pas forcément que l’idée ne me soit jamais passée par le neurone, mais plutôt parce que je voulais que mon premier 20 soit celui de Bruxelles. Principalement parce que, il y a quelques années encore je traitais de doux dingues mes amis qui y participaient, parce que longtemps cette distance me paraissait totalement inaccessible. Avec dans l’idée de préparer un marathon, puis un Ironman, les 20 bornes devenaient un passage obligé. Pour mon fiston Hadrien qui n’a pas encore 15 ans révolu, 20 km sont le maximum que raisonnablement il peut faire. Depuis quelques semaines il répète en boucle, imitant son père, « les 20 km de Bruxelles sont mon objectif de l’année ». A l’approche des examens, je ne suis pas tout à fait rassuré par rapport à l’excès de fatigue qu’une telle épreuve pourrait engendrer. Je passe un certain temps à le convaincre d’être raisonnable et nous arrivons à un double compromis, il court avec moi au moins jusqu’au bois de la Cambre, histoire de ne pas partir trop vite, et il surveille bien ses pulsations au moins jusqu’au bas de l’avenue de Tervuren, histoire de ne pas trop monter dans les tours.

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Nous partons donc ensemble, je donne le rythme, raisonnable, son cardio sonne déjà dès la montée de l’avenue Belliard, nous levons un peu le pied.

A l’entrée du Bois de la Cambre, alors que nous approchons du 6ème km, je parle un peu avec lui pour évaluer son état et surtout lui rappeler les consignes de ne pas forcer s ‘il décide de ne pas m’attendre. Il me dit qu’il sera content s’il peut me suivre, qu’il ne se sent pas d’ailes qui lui permettent de partir loin devant. Il est vrai que la distance est longue et qu’il a peu l’habitude de ce type d’exercice. Et surtout la météo n’est pas idéale, il fait assez chaud et « fort lourd ». Nous courons donc de concert.

Quelques 100aines de mètres plus loin nous dépassons un Monsieur dont l’âge me parait fort au dessus de celui de la moyenne des participants, il porte son nom sur son maillot, je l’encourage, « Allez Christian ». Il me répond « j’ai 85 ans, ce n’est vraiment plus de mon âge » en souriant . Cette rencontre même furtive m’émeut, des deux mains je signe si on peut me promettre qu’à son âge, j’en ferai autan. Le soir j’apprendrai par un ami commun qu’il a mis à peine plus de 3 heures pour arriver au bout de sa 37ème participation aux 20 km de Bruxelles. Chapeau bas, et grand respect Christian. A l’année prochaine sans doute! Hadrien et moi poursuivons notre route.

En route, je rencontre aussi quelques membres de l’Endurance Team de Chièvres mon club de triathlon, nous nous reconnaissons à nos maillots, encouragements respectifs garantis et c’est fort agréable.

Bien que ce ne soit pas tout à fait exact, jusqu’au 12ème km environ, la route donne l’impression de s’élever continuellement, je force Hadrien à boire régulièrement en suffisance, à s’alimenter un peu aussi. Nous tenons le rythme sans faiblir. La descente vers Boitsfort arrive enfin, l’occasion de se laisser aller, de couper un peu l’effort, sans pour autant accélérer, ce ne sont pas les quelques secondes qu’on pourrait gagner là qui vont révolutionner notre chrono. Vient ensuite le long plat du boulevard du Souverain, on commence à voir les visages se marquer, à rencontrer des coureurs arrêtés qui tentent par des étirement de faire passer leurs crampes, on sent que ça devient long pour beaucoup et pour Hadrien aussi. Il commence à me signaler un petit mal par ci, un petit mal par là, mais chaque fois je le fais penser à autre chose et ça passe presque miraculeusement. Pour me tester j’accélèrerais bien un peu, mais dès que j’allonge la foulée je vois Hadrien vraiment en peine de me suivre, je réduis même un peu l’allure. Nous profitons du dernier ravitaillement avant la montée finale pour manger la tranche de pain d’épice aux noix que nous transportons, histoire d’être d’attaque pour la très redoutée avenue de Tervueren.

En passant devant le musée du tram, accueilli par une fanfare Athoise qui nous donne un plein d’énergie, le doute n’est plus permis, nous savons que nous arriverons, nous décidons de ne pas nous faire de course, et d’arriver ensemble. Je n’ai qu’une idée en tête, faire l’ascension sans coincer, toujours courir, ne pas marcher. Les jambes se font un peu lourdes mais le reste fonctionne, je n’écoute vraiment plus les alertes de nos montres qui s’en donnent à coeur joie, tout en sensations l’ascension est longue mais nous la terminons sans trop de soucis, toujours côte à côte. Nous passons bras dessus, bras dessous, sous les nacelles des photographes, espérants qu’ils nous aient eu, c’est peut être la dernière année où je peux obtenir une arrivée père et fils.

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Et effectivement « ils nous ont eu! »

A la sortie du rond point de Montgommery il reste un petit km. La voie de course se réduit subitement en un étranglement qui m’oppresse, je saute dans la rigole et j’accélère pour passer ce tas de monde et me retrouver dans une foule plus aérée. Hadrien s’est accroché, je ne dois pas l’attendre et nous terminons sans forcer, content chacun de nos résultats.

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Hadrien est content d’avoir terminé dans un bon temps pour son premier 20km, moi aussi. J’ai le sentiment à l’arrivée que même si mes muscles ont bien travaillé, je n’ai a aucun moment atteint ma limite, ni d’un point de vue cardio, ni d’un point de vue musculaire. Je ne serai jamais un coureur rapide mais l’endurance est en très bonne voie d’amélioration ce qui est bon signe pour le reste de la saison.

La semaine prochaine, premier triathlon 1/4 pour 2016 à l’Eau d’Heure et Marathon J-140

A suivre…